Les émotions sont à notre service

Les émotions sont à notre service

Ce n’est pas l’inverse

Dans ce rendez-vous, mon objectif n’est pas de vous donner de comprendre les raisons pour lesquelles les émotions sont à notre service. Je tiens à ce que vous ayez les moyens de pratiquer la mise au service de nos émotions.

Pour ce faire, je vous donnerai des exemples afin de vous aider à intégrer et à pratiquer une manière d’utiliser vos émotions au lieu de les subir.

Nos émotions devraient nous rendre service

Beaucoup d’entre nous ne comprennent pas que nos émotions devraient nous rendre service. Nous n’avons pas appris ça. Alors, s’il est un reproche que nous pouvons faire à nos aïeux, c’est de ne pas nous avoir appris à utiliser nos émotions (sans pour autant aller leur faire, le reproche 😉 mais en tirer leçon pour nos enfants !). 

Une des voies de conséquence, si nous ne nous les utilisons pas, est de les subir. C’est une des raisons pour lesquelles le contraste existe entre « se servir de ses émotions» et laisser ses émotions «se servir de nous».  

L’incontournable approche binaire 

Nous n’avons guère d’autres choix, même si je n’aime pas l’approche binaire. Dans le cas présent, il est difficile de l’éviter. C’est donc important de comprendre le rôle des émotions ; à quoi servent-elles ? Pour quoi sont-elles ? C’est un moyen de parvenir à se servir d’elles au lieu de les laisser poindre puis verser vers la culpabilité et le regret. 

L’escalade automatique

Avant de m’arrêter sur le rôle des émotions, je voudrais les remettre en perspective en me faisant un plaisir de me répéter. Même si certains d’entre vous sont déjà informés de ce que je vais avancer. Il est essentiel de le comprendre. 

1. Nous avons des valeurs : 

Elles sont les racines colossales de notre identité. Elles sont en partie léguées et pour le reste conçues, façonnées à partir de notre milieu de vie, de notre parcours éducatif et autres.

Parmi elles se trouvent, par exemple, la bienveillance, la générosité, l’attention à l’autre…

2. Nous avons des croyances : 

Sur nos valeurs se sont greffées des croyances. 

Si je focalise sur l’attention à l’autre (mentionnée dans mes valeurs), une de mes croyances pourrait-être : « c’est important pour moi de prendre le temps d’écouter quand quelqu’un me parle. Il m’est nécessaire d’être sensible à sa manière de me regarder comme de veiller au choix de mes mots quand dans mes réponses… » Tout cela constitue des formulations qui illustreront mes croyances.

3. Nous avons des pensées : 

À partir de mes croyances viennent des pensées. Elles sont tellement nombreuses qu’il est impossible de les dénombrer. Sur la simple croyance que je viens de mentionner en exemple, peuvent naître des dizaines et des dizaines de pensées. Parmi elles : 

  • «Être attentif à l’autre est important»
  • «Considérer l’autre est une manière de démontrer son amour»
  • «Quand quelqu’un me dit quelque chose, c’est qu’il me considère»
  • «Quand on m’écoute, c’est qu’on m’aime»
  • Etc. 

4. Nous avons des émotions : 

À partir de pensées, je déclencherai des émotions qui aboutiront en actions. 

Je pense inutile de donner des exemples ici 😉

Je ressens, donc j’agis

Quand on comprend ce phénomène, on est capable d’intégrer que le fait de penser autrement nous conduit à un résultat-action différent.

Parfois, il est possible de travailler sur l’action avant de focaliser son attention sur la croyance. En effet, changer l’action peut changer la manière de ressentir les choses et, en conséquence, de penser. Il est donc possible de travailler dans les deux sens en optant soit pour le processus que je viens d’expliquer soit pour un changement de croyances. 

L’approche n’est donc pas forcément unilatérale avec une ouverture de l’action vers les valeurs ou des valeurs vers l’action.

Quelques millisecondes suffisent pour passer de l’émotion à l’action

Quand on a pas pris l’habitude d’être coaché et que l’on agit de manière automatique (ce qui est généralement le cas) on ne prend pas le temps de réfléchir entre l’émotion et l’action. On dit, en neurosciences, qu’il est question de millisecondes. La moyenne avoisine les 5000e de seconde. Je vous assure que ce n’est rien ! 

Je vous renvoie aux excellents travaux de Stanislas Dehaene, (professeur de psychologie cognitive au Collège de France) et confrères traitant de la programmation insouciante de l’individu). 

Nos émotions possèdent donc une capacité à déclencher une/des action(s) à une vitesse incroyable, ce qui fait que la réflexion n’a pas le temps d’intervenir.

Quel est le but de nos émotions ? 

Le but de nos émotions est de : 

  1. Nous protéger (de veiller à ce que rien de grave ne nous arrive) et en même temps, 
  2. Favoriser notre développement (nous permettre de nous promouvoir). 

Je ne m’arrêterai pas plus largement sur ce point que j’ai pris le temps de développer la semaine dernière lorsque j’ai abordé « la charge émotionnelle ».

À partir du moment où l’on ressent une émotion, elle permet de prendre connaissance de quelque chose de particulier. En effet, la première chose qu’une émotion envoie est à accueillir comme une information.

On est dans un parallèle qui se rapproche du symptôme sur le plan physiologique. Quand un symptôme apparaît, on reçoit l’information aidant à prendre une décision, quelle qu’elle soit. 

Si, à chaque émotion ressentie, vous commencez à vous demander « quelle est l’information que m’envoie l’émotion ?» Vous commencerez à prendre connaissance de choses vous concernant à côté desquels vous êtes passé depuis longtemps. 

Ça s’était avant…

Avant, vous auriez répondu du tac au tac à votre émotion sans l’utiliser pour grandir. En fait, vous auriez réagi au lieu d’avoir pro agit. La proaction est une manière de fonctionner complètement différente puisqu’elle consiste à décider avant la perception d’une émotion quelconque. On choisit en amont la direction à prendre face à une situation se rapprochant de celle que nous avions préprogrammée.. 

Le facteur de 5 ms évoqué plus haut entrera «naturellement» en compte. Bien que j’évoque du naturel, il n’en est rien. L’action-réaction est le résultat d’un conditionnement de l’enfance et de l’adolescence qui produit une action au présent. Il n’y a donc rien de naturel à cela, juste une réponse préprogrammée..

Trois exemples parlants

Prenons quelques exemples concrets pour illustrer la situation

Exemple 1 : Le voisin d’en haut

Votre voisin habitant dans l’appartement situé juste au-dessus du vôtre déplace ses chaises. Vous en entendez le bruit. A chaque fois il le fait vous ressentez de la colère en percevant le bruit. 

Vous pouvez commencer à vous interroger afin de savoir ce que votre émotion vous transmet. Quelle est l’information à identifier ? Comment pouvez-vous vous enrichir grâce à elle ?

Le but de la colère que vous ressentez n’est pas d’aller casser la tête de votre voisin ni d’avoir envie de frapper sur votre canapé ou, encore, de faire beaucoup plus de bruit que lui afin de chercher à le déranger ! Ce n’est pas un objectif ayant pour objet de vous protéger ni de vous promouvoir. Vous êtes bien dans une réaction non constructive.

Exemple 2 : La déception

Vous avez été déçu par un ami puisqu’il a dit ou fait une chose à laquelle vous ne vous attendiez pas. Vous ressentez de la déception et de la frustration. Ces deux émotions correspondent à l’une des cinq émotions de base qu’est la tristesse.

Je ne vous ai pas rappelé les émotions de base alors, je m’empresse de le faire : joie, peur, colère, tristesse, honte. 

Dans le présent exemple, je mets la frustration et la déception dans la colonne de la tristesse (émotions de base) d’autant que le même vocable peut se retrouver dans une autre émotion de base. Elle n’est pas forcément attachée à une seule émotion fondamentale.

Exemple 3 : Le livre cadeau 

Vous recevez un livre que vous souhaitiez recevoir. Vous êtes heureux, c’est la joie.

  • Qu’apprenez-vous à votre sujet ? 
  • Qu’apprenez-vous de vous-même ?

Je réalise ne pas avoir précisé que la/les principale/s information/s que vous apprenez vous concernent, vous. Il n’est pas question, en premier lieu, d’apprendre quelque chose au sujet d’une autre personne que vous. Que découvrez-vous de vous-même, apprenante information à votre sujet ou quel rappel vous est énoncé ? En effet, il peut aussi s’agir d’une chose que vous saviez déjà et que vous avez négligée, le temps passant. 

Ainsi armé de cette connaissance, vous lirez l’information comme vous lisez le journal. Ce faisant, face à votre émotion, vous pouvez commencer à vous interroger en vous disant :

«Que veux-tu me dire ?» Ou encore «Que veux-tu me rappeler que j’avais négligé». 

Satisfaction et insatisfaction

Visualisez deux grands pôles : celui de la satisfaction et celui de l’insatisfaction.

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Du coup, quand vous ressentez une émotion, vous cherchez forcément à répondre à une de ces deux réalités : ressentez-vous de la satisfaction ou de l’insatisfaction ? 

Nous voilà de nouveau dans une dynamique binaire (certes), mais, cela dit, il est difficile de sortir de ce cadre-là. Ce faisant, même si la satisfaction est minime ou que l’insatisfaction est très forte, on reste dans cette binarité : satisfait ou insatisfait. Voilà la question ?

Prenant connaissance de l’information que je découvre à mon sujet, en termes de satisfactions je serai en mesure de comprendre qu’entre mon souhait et l’événement que je suis en train de lire (de vivre, en fait) se trouve une convergence

L’événement participe donc à répondre à mon souhait. Je vis donc une interprétation d’un événement (que l’on peut appeler jugement) que j’estime être favorable. C’est ce qui me permet d’arriver à une conclusion de satisfaction.

En lisant mon émotion, je prends donc connaissance que j’ai interprété l’événement comme étant favorable. C’est la raison pour laquelle j’ai déclenché une émotion qui, en l’occurrence, pour le dernier exemple que je viens de donner au sujet de cet homme qui a reçu le livre qu’il voulait posséder, est la joie.

Les émotions rationnelles n’existent pas

Alors que certains d’entre vous se disent qu’il est normal que la joie soit déclenchée (puisque c’est un livre que souhaitait cet homme), ce n’est pas aussi réducteur que cela. Il n’y a pas de rationalité avec les émotions. Il peut arriver que quelqu’un aspire à recevoir ce livre et qu’il ressente de la frustration au moment où on le lui offre. Cette émotion pour s’expliquer s’il avait très envie de l’acheter lui-même. Peut-être est-ce aussi possible de ressentir cette émotion s’il attendait que ce soit son conjoint ou son ami qui le lui offre et pas la personne qui le lui a offert. 

Il n’y a pas de rationalité automatique en se disant « puisqu’il le voulait, il sera forcément content de le recevoir ». L’ayant reçu par un canal non souhaité, il peut se retrouver privé de la jouissance du scénario qu’il s’était construit. C’est ce qui explique la possible émotion d’insatisfaction.

À présent, il existe une autre réponse possible concernant les informations émotionnelles dans lesquelles on découvre de la satisfaction. 

Décryptage avancé

Si je ressens cette émotion, c’est sans doute parce que je suis insatisfait. Dans ce cas, ce sont les émotions de colère, peur, tristesse et honte qui seront sollicitées. Elles se manifesteront parce que la personne estimera qu’existe un écart entre l’événement fantasmé et la réalité se déroulant sous ses yeux. 

Il faut encore, comme pour la satisfaction, prendre conscience que l’on est dans le jugement. Nous interprétons ce que nous venons de vivre en se disant « vu la manière dont les choses se sont déroulées, cela creuse un fossé entre ce que nous attendions et ce que nous vivons. C’est la raison pour laquelle nous déclenchons une émotion de colère, peur, tristesse ou honte. C’est une manière de manifester une insatisfaction.

Dans les deux cas, nous pouvons apprendre de nous-mêmes grâce à nos émotions. Yes 😉

Prenons le temps d’insister sur le fait que, dans les deux cas, on s’inscrit dans une interprétation des événements. En lui-même, l’événement reste neutre. Ce n’est pas parce qu’on m’a offert des fleurs que je dois être content. On peut m’offrir des fleurs et que je ressente de la honte ou de la colère. Du coup, je ne ressens de la satisfaction quand ce que j’attends (c’est-à-dire mon fantasme) est très très proche de ma manière d’interpréter l’événement. 

J’apprends de moi, grâce à mes émotions.

À présent, je peux aller dans deux directions : 

1) Je subis mes émotions, elles se servent de moi

Ou

2) Je le sers de mes émotions, je suis acteur

Mes émotions se servent de moi

Arrêtons-nous sur le premier aspect pour commencer (je subis mes émotions) en soulignant le fait de m’inscrire dans une forme de passivité. Je fonctionne en mode automatique et, par conséquent, quand quelque chose se passe, je réagis du tac au tac. Je prends conscience d’être bien loin de la proaction !

L’exemple du voisin du dessus appliqué à l’asservissement 

Si je reprends le premier exemple du voisin qui fait du bruit avec ses chaises. Disons qu’il s’agisse du mien, cette fois-ci.  Face à cet événement, je ressens de la colère avec l’envie de frapper dans un mur, de crier et de faire plus de bruit que lui ! Je réalise ne pas être en contrôle de moi-même parce que je subis mon émotion. Je me vois dans la réplication d’une attitude programmée, apprise dans mon éducation, dans ce que j’ai vu faire autour de moi étant enfant. Mon attitude est aussi le résultat d’expériences m’ayant procuré des résultats jouissifs ou satisfaisants. Je ne fais donc que reproduire mon attitude sans réfléchir. 

En conséquence, j’explose, j’insulte, et parfois (pour ne pas dire la plupart du temps) je ressens de la culpabilité. À cette dernière s’ajoute une image de moi en berne.

Quant à l’image de l’autre, elle est également impactée vers le bas. Je prends conscience d’une altération de la relation avec moi-même comme avec l’autre. C’est bien dommageable (pour moi d’abord !).

Ce serait génial qu’avant d’exploser, percevant la colère s’exprimant en moi je sois en mesure de m’interroger. 

Je parle de colère sachant que la manifestation de pleurer, faire une crise et le manifester de bien des manières. Cette émotion sera manifestée de manière singulière, adapté à chacun d’entre nous sachant que certains, face au même « dérangement» diraient « Moi, ça me va. Oui, j’entends le bruit et alors ?». Nous sommes dans une approche irrationnelle, donc il s’agit d’émotion. 

L’exemple de l’ami décevant appliqué à l’asservissement

Prenons le deuxième exemple, dans lequel il est question de déception vis-à-vis d’un ami qui n’a pas fait une chose à laquelle on s’attendait. Là encore je le personnaliserai en me l’appropriant en «je». 

Je ressens, donc, de la tristesse et de la frustration. Là aussi, je me trouve dans une atteinte à mon image de moi et, indéniablement, il y a également une atteinte à l’image de l’autre. 

En effet, j’avais placé l’autre à un niveau qui faisait que, dans mon fantasme intérieur, il savait ce que j’attendais de sa part. Il savait, où aurait dû savoir, que j’aurais voulu que les choses soient différentes. 

Dès lors, mon émotion de déception me signale que je juge (une fois encore), j’interprète et analyse mon ami en me disant qu’il aurait dû savoir. Dans ces conditions, il a commis une faute. C’est donc bien la raison pour laquelle je me suis senti déçu et frustré.

Grâce à cette expérience, j’apprends de moi une tendance à mettre les gens dans un rôle dans lequel ils devraient… Il m’apparaît normal que… Finalement, je me rends compte que j’attends d’eux qu’ils se plient à ma manière de voir les choses. Intéressant, n’est-ce pas ?

joie et émotion

L’exemple de du livre offert appliqué à l’asservissement

Si je prends le troisième exemple de cet homme heureux de recevoir le livre qu’il souhaitait procéder (toujours en imaginant que je suis cet homme-là afin de faciliter notre exercice) j’apprends bien des choses à mon sujet. Notamment, que je ressens de la joie quand mon fantasme se déroule comme je l’attendais. Bien entendu, s’il est question de joie, il y a satisfaction. 

Ça signifie que se déroule ce que j’avais écrit dans mon scénario intérieur. Dans ce cas-là, je réalise juger et interpréter ce qui se déroule en me disant « c’est génial parce que les choses se déroulent comme je le voulais ». Cela n’écarte pas le fait d’être prêt à accueillir une surprise. Cela dit, même si je suis ouvert la surprise, je reste sujet à l’interprétation afin d’évaluer si cette dernière correspondra à un des scénarios auquel je m’étais ouvert. 

Dans ce cas là, je suis dans une perception de l’image de moi ascensionnelle et de la même manière, quant à l’image de l’autre. 

Je ne peux écarter la notion d’asservissement présente même dans cette approche qui semble pourtant positive. En conscience, je peux tout à fait subir mes propres émotions si je n’y ai pas travaillé même s’il est question d’une émotion satisfaisante. 

Je pourrais veiller a jouir d’une satisfaction encore plus grande si je décidais sciemment de me préprogrammer en vue d’un événement qui pourrait ressembler à celui que je viens de vivre. Dans de tels cas, je choisirai de vivre une verbalisation de la joie plus importante ou un ressenti bien plus intense. En effet, je ne suis pas tenu de manifester ma joie comme j’ai appris à le faire à l’âge de 5 ou 20 ans. Je peux choisir de manifester ma joie comme il me paraît plus juste de le faire au présent.

III. Agir à partir de ce que je veux : Se servir de ces émotions

Maintenant, prenons la direction du deuxième pan évoqué plus haut en quittant l’asservissement pour entrer dans la proaction. Nous nous approchons donc d’une manière de fonctionner dans laquelle nous prendrons conscience de nous servir de nos émotions.

Reprenons l’idée suivante : je me rends compte que, quand je ressens une émotion, je peux l’inscrire dans un projet, c’est ce que l’on appelle la proaction. Ainsi, je ne subirai plus en me disant « je n’ai pas de bol, ce n’est pas de ma faute, je n’y pouvais rien », en imaginant que ce que je vis n’est que la conséquence du hasard me laissant impuissant. Au contraire, je les accueillerai en choisissant qu’elles prennent place dans ma vie dans une projection de sens, dans une perspective que je veux écrire. 

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À partir de là, je suis subirai beaucoup moins, m’inscrivant dans un rôle d’acteur, d’agissant résolu.

Le premier exemple : je me sers de mes émotions 

Je reprends le premier exemple du voisin du dessus qui déplaçait ses chaises bruyamment. Je ressens de la colère, comme tout à l’heure. À court terme, je ne peux pas m’empêcher de ressentir l’émotion à laquelle je suis habitué depuis si longtemps. Je ne pourrai donc travailler qu’à partir de l’émergence de cette dernière. 

Dialogue intérieur : Je me connecte donc à ma colère et échange avec elle. 

«Je ressens de la colère. Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui fait que je ressens cette émotion ?»

J’échange avec mes émotions et prends conscience des raisons pour lesquelles je ressens cette émotion. Je prends également conscience d’être en train de juger mon voisin. Dès lors, je réalise ma capacité d’acceptabilité ou d’inacceptabilité (une nouvelle approche binaire incontournable). À partir de là, réalisant ma propension au jugement, je déciderai d’emprunter une autre voie. Pour ce faire, je vous renvoie un rendez-vous qui s’intitule « la bienveillance » dans lequel j’explique que les humains sont équipés pour aimer et non pour juger : « Je ne suis pas équipé pour juger, mais pour aimer ».

À partir de là, je prendrai la décision de ne plus juger mon voisin et opterai pour la bienveillance. Optant pour cette bascule, je choisirai des actions de construction. Dans ce cas, je ne subirai plus mon émotion de colère, mais je me projetterai vers la construction en m’interrogeant pour savoir « comment j’irai voir mon voisin ? »

En fait, si j’entre dans cette dynamique de la construction, il est possible que j’aille voir mon voisin, mais ce n’est pas forcé. Il est tout à fait envisageable d’entrer dans une action (proaction, décidée en amont) dans laquelle je choisirai d’accepter que mon voisin déplace ses chaises en faisant du bruit le considérant comme étant libre. Dès lors, j’estimerai qu’il est peut-être abusif de ma part d’attendre que mon voisin conforme son comportement à mes exigences.

La prise de conscience de l’émotion ressentie et du jugement émis favorise le choix d’une action constructive. Dès lors, vous réalisez votre aptitude à : 

  1. Utiliser votre émotion pour prendre l’information, 
  2. Commencer à échanger avec cette dernière, 
  3. Prendre conscience des jugements émis
  4. Choisir votre action

Il n’est pas moins vrai que cette méthode demande plus de temps que d’imposer son jugement et ses exigences. En effet, on n’est pas dans une réponse/réaction du tac au tac. En suivant ce processus, il n’est donc pas question de lui rentrer dedans (dans l’autre), mais au contraire, de se rentrer dedans, à soi-même.

Le deuxième exemple : je me sers de mes émotions

En s’appuyant sur le deuxième exemple, celui dans lequel j’ai été déçu par mon ami, je travaillerai de la même manière :

Je prendrai conscience de mon émotion de déception, de tristesse et de frustration. Ensuite, 

j’échangerai avec mon émotion pour chercher à comprendre la raison pour laquelle elle est là : « qu’est-ce qui fait que tu es là et que je ressens de la déception et la frustration ? Je sais, sur le plan rationnel, que bien des personnes sur la planète pourraient vivre un événement se rapprochant de ce que je vis à l’instant sans pour autant ressentir de la déception, de la frustration et la tristesse ! Pourquoi ça en moi, alors ? Qu’est-ce qui, dans mon parcours de vie je ressens cette frustration et cette déception ? Qu’est-ce que je voudrais ressentir à la place ?»

Grâce à cette échange avec moi-même, je pourrai prendre une certaine distance avec mon émotion. Ainsi, je prendrai conscience que, sans faire aucun effort, j’ai glissé vers le jugement du tac au tac. Là encore, j’ai conscience d’avoir besoin de comprendre que « je ne suis pas équipé pour juger, mais pour aimer ». Juger est donc une fausse piste.

J’intègre alors que mon ami n’aurait pas dû savoir ce que je ressentirais comme ce que j’attendais de lui trait pour trait. En conséquence, j’arrive à intégrer qu’il est tout à fait naturel, dans cette relation humaine, que quelqu’un fasse ou ne fasse pas une chose que j’attendais. À oui ! Intéressant, n’est-ce pas ?

Le troisième exemple : je me sers de mes émotions

En me dirigeant vers le troisième exemple, celui dans lequel je suis heureux de recevoir le livre que je souhaitais acquérir, de la même manière, je profiterai de mon émotion pour prendre connaissance de ce qui se passe en moi. 

Je me demanderai donc :

  • Pourquoi je ressens cette joie ? Pourquoi est-elle ainsi ?
  • Que se passe-t-il en moi ?

J’aurais pu recevoir ce livre en me disant « c’est sympa» sans ressentir une joie aussi intense. De fait, en ressentant mon émotion, je prendrai la mesure des raisons pour lesquelles mon émotion là, présente. Je m’imprègnerai de ce qu’elle me procure. 

Dans ce cas, trouvant hyper satisfaisante la manière dont les choses se manifestent en moi, je pourrai peut-être me projeter (j’entre dans la proaction) de telle manière à vivre une prochaine émotion «similaire» avec autant de satisfaction. 

Par contre, si je trouvais que mon vécu était en deçà de ce que j’aurais voulu ressentir, je pourrai me projeter en veillant à ce que quand quelqu’un m’offra quelque chose que je souhaitai recevoir, je puisse décider de vivre une satisfaction plus intense encore. 

Ainsi, je prendrai le volant de mes émotions. J’ai choisi de me servir de mes émotions au lieu de les subir. 

Offrir l’enrichissement de la verbalisation 

D’ailleurs, un des moyens très concrèts d’accroitre le plaisir de l’instant est de passer par la verbalisation à destination de la personne avec laquelle on est en relation dans l’expression déterminée.

En ce sens, si j’étais frustré, déçu, en colère ou heureux d’un événement que je sais avoir interprété (je suis conscient que ce n’est pas l’événement qui est responsable de mes émotions, mais que c’est bien moi qui le suis, quelle qu’ait été la source de satisfaction ou d’insatisfaction) le temps est venu de parler.

Dans le cadre du premier exemple du voisin qui fait du bruit, si je vais le voir, je pourrai lui parler en « je» (attention de ne pas adopter un discours en « tu » comme cela a déjà été expliqué lors d’un rendez-vous précédent). En adoptant ce message « je » il est indéniable que je favorise la relation. 

Ainsi, le phénomène des placements de chaises devient un objet qui se place entre nous sans être la focalisation de l’attention. Ce qui primera sera la relation avec mon voisin.

Une méthode simple à votre portée

Cette dernière m’amènera à utiliser la méthode suivante :  « Bonjour voisin, j’aimerais vous dire à quel point je ressens du dérangement et de la colère quand vous déplacez les chaises et que ça occasionne du bruit jusque chez moi. Je n’arrive pas à me concentrer, je suis dérangé et perturbé par cette situation. Du coup je perds le fil de ce que je suis en train de faire. Je tenais donc à vous le dire». 

Avec cette courte intervention, j’ai : 

  1. Exprimé mon émotion en «je» (d’un «je» à un «je»)
  2. Expliqué la raison pour laquelle je ressens cette émotion
  3. Présenté mon attente et ma demande
  4. Choisi d’être ouvert en posant des questions ou en étant à l’écoute de mon interlocuteur 

En résumé : 

Je + émotion(s) : «Bonjour Voisine, je ressens de la colère quand j’entends le bruit que font les chaises quand je suis chez moi… »

+

explication(s) : «… j’ai de la peine à me concentrer, je suis perturbé en ce que je suis en train de faire… »

+

attente(s)/demande(s) : «… c’est pourquoi je vous demande de bien vouloir trouver une solution en mettant des patins sous vos chaises ou en mettant un tapis, par exemple… »

+

questions/écoute : «… qu’en pensez-vous ? »

Maintenant, à vous : 

Entrainez-vous à appliquer cette méthode pour les deux autres exemples que je vous ai donnés dans ce rendez-vous : 

  • L’exemple de l’ami déçu
  • L’exemple du livre accueilli avec joie

Ensuite, vous pourrez aussi vous entraîner pour des situations personnelles en débutant sur des événements anciens pour lesquelles la charge émotionnelle est basse. Prenez le temps de le faire sur votre cahier de vie (ou par écrit sur un papier libre) pour commencer à vous projeter dans la manière dont vous voulez vivre les choses.

Vous avez, à présent, un moyen d’avancer pour parvenir à vous servir de vos émotions au lieu d’être asservi par elles. 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne semaine. 

Bye-bye 

Photo de Caio provenant de Pexels

10 commentaires

  1. J’adore ton article Pascal 🙂
    Actrice en formation, les émotions sont pour moi capitales à comprendre pour créer les personnages que j’incarne.

    J’ai dans ton article de nombreuses clefs pour mieux comprendre comment me rapprocher des vraies émotions, celles qui font vibrer l’audience.
    Merci!

    1. Author

      Génialissime que tu ai trouvé des clés pour mieux comprendre comment te rapprocher des vraies émotions.
      Je te souhaite une belle route en ce sens dans ta formation d’actrice.

  2. Merci pour cet article très clair et très facile à mettre en place!

    1. Author

      Merci Alice, je ne peux que te souhaiter de ne vivre dès aujourd’hui.
      Au plaisir

  3. Merci pour cet article très intéressant ! Il est vrai que nous sommes soumis à nos émotions et que quelques fois nous regrettons ce que nous faisons ! Le plus important est de les comprendre et d’appliquer une bonne méthodologie ! C’est un sujet que nous ne trouvons pas énormément sur internet donc merci pour nous avons ouvert les yeux sur un sujet là ! J’aime beaucoup ton potcaste j’aime🙂🙂🙂!

    1. Author

      Merci Cherazade,
      Je prends ton retour comme un encouragement.
      Il est vrai que ce sujet est très peu abordé que ce soit sur internet ou ailleurs. C’est une des raisons de ma motivation à le faire.
      Par ailleurs, dans les accompagnements que je fais, tant pour les solos que pour les couples, je me rends compte du besoin de comprendre et de pratiquer les bénéfices de nos émotions. Certaines personnes se sont pourri la vie avant de découvrir qu’elles pouvaient vivre plus légères. C’est aussi ma mission de partager ce genre d’outils éclairant et concrets.
      Au plaisir

  4. Merci pour cet article plein d’enseignement soutenu par des exemples « aux petits oignons » !
    Le deuxième est particulièrement bien choisi pour moi 😉
    Je suis tout à fait d’accord avec toi : nous sommes des êtres d’émotions. Bien que la révolution industrielle ait érigée depuis ces 2 derniers siècles la raison comme principal allié de notre existence moderne, beaucoup de chercheurs et notamment ceux des sciences pédagogiques placent désormais les émotions et le jeu comme outils d’apprentissage optimal – à long terme, stimulant, cognitif – pour un enfant afin d’en faire un adulte heureux et confiant.
    Article très inspirant ! Je vais m’empresser d’utiliser ta méthode … aujourd’hui !

    1. Author

      Line, je suis ravi que tu trouves matière à t’inspirer la réflexion relative à l’approche pédagogique actuellement en mouvement. Je trouve cette ouverture très lente et je pense que l’intérêt des enfants n’est pas encore une priorité. Ils risqueraient de devenir des adultes moins influençables s’ils maîtrisaient leurs émotions. C’est un pouvoir que l’on conserve aux dirigeants.
      Pour nous, saisir le rôle que l’on peut jouer sur nous-mêmes est tellement important. Il ouvre à une plus grande libération, à moins de souffrance, une meilleure qualité relationnelle, à une meilleure faculté à la prise de décision, à plus d’épanouissement personnel et de satisfaction et j’en passe.
      C’est à ça que je travaille avec les personnes que j’accompagne. De très beaux chantiers
      Bien à toi

  5. Article très complet et instructif sur la gestion des émotions … Merci Pascal 🙏

    1. Author

      Merci Éric, j’espère juste qu’il vous sera utile.

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