Les bienfaits de l’art 

les bienfaits de l'art Isabelle Martinez

La lecture de l’art selon Isabelle Martinez

Avec les bienfaits de l’art, je rencontre Isabelle Martinez. Il serait plus judicieux de parler de télé-rencontre dans la mesure où je n’ai pas rencontré Isabelle en vis-à-vis. 

Quand on tape le nom d’Isabelle Martinez, sur un moteur de recherche, on rencontre facilement des sourires, de grands sourires. On n’y perçoit de la sérénité et un rayonnement qui est sans doute en relation avec le fait qu’elle a appris à méditer, à être en résonance et en sensibilité avec l’art

Le blog, les bienfaits de l’art, est le résultat du travail d’Isabelle, ou plutôt, la naissance d’un travail qui est déjà ancré depuis quelques années. Par ce dernier, Isabelle a choisi de partager son plaisir de lecture de l’art.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il s’agit d’une lecture personnelle faisant suite à un cheminement qui lui est tout à fait propre, mais dans lequel elle apprend en termes de pédagogie, d’éducation à acquérir ses aptitudes à lire l’art. Elle apprend à écouter, à observer, à toucher, à se laisser toucher.

Aujourd’hui, je vous invite à être témoin de son expérience qui rejoint complètement le regard et la sensibilité que je développe ici sur ce blog Heureux au présent.

Isabelle Martinez

Apprendre à connaître Isabelle Martinez

Pascal Quionquion :Je suis ravi de t’accueillir en entretien aujourd’hui. J’ai pris l’initiative de te proposer cette démarche en lisant ton blog. J’ai trouvé que ça pouvait être intéressant pour ma communauté, comme pour la tienne, d’avancer ensemble sur cette lecture de l’art. Avant cela, je t’invite à te présenter comme tu penses adapté de le faire ? Qui es-tu, Isabelle ?

Isabelle Martinez : Bonjour Pascal. 

Je suis, avant-tout une amoureuse des arts. Cela remonte à mon enfance. En même temps, c’est venu tardivement. Je me suis intéressée à l’art en disant que j’avais une âme artistique. Au départ, c’était plutôt porté sur la découverte de la nature. 

J’ai grandi à la campagne imprégnée des couleurs, des sons, des lumières. La nature s’avérerait être ma nourriture première. Plus tard, j’ai manqué d’échos par rapport à ma propre sensibilité. Je n’étais pas très bien entourée dans le cadre scolaire ni même dans le monde des adultes. 

J’ai été une enfant très solitaire. Dans mon parcours de jeune adulte, puis  d’adulte, je n’ai pas le sentiment d’avoir été nourrie sur le plan des ressentis. Beaucoup plus tard, après mon arrivée à Paris, j’ai mis les pieds dans un Musée pour la première fois. Finalement, ça a été un écho à ce que je ressentais intérieurement et qui, jusqu’alors, n’avait pas trouvé d’écho en dehors de ma propre intériorité. C’est donc un cheminement qui a été très solitaire, en fait.

L’art, en résonance avec la nature 

Pascal Quionquion : J’entends que tu mets en parallèle ton expérience d’enfance et d’adolescence avec la proximité de la nature et ton immersion au Musée. C’est assez intéressant de faire ce parallèle. Qu’est-ce qui t’y a conduit ?

Isabelle Martinez : Arrivée à Paris, je me suis sentie très isolée. Je voyais tout le monde marcher très vite dans le métro et être très occupé. Pour ma part, je n’avais aucune occupation. Du coup, j’ai eu le temps d’aller au Musée. De plus, j’ai rencontré des amis qui fréquentaient l’École des Beaux-Arts de Paris. Ils ont commencé à m’ouvrir à l’art. 

C’est en étant les pieds au Musée, face à une œuvre d’art, que j’ai eu une révélation. Je parle justement de cette écho de perception que j’ai eue et qui m’a nourri immédiatement. Je revivais une situation expérimentée dans la nature en tant qu’enfant. Donc, c’est vraiment un espace intérieur avec une réalité très connectée à tout ce qu’il y a autour de soi, que je retrouve résumé dans un seul tableau.

Pascal Quionquion : C’est ce qui explique que tu aies écrit « la rencontre avec l’art ou l’expérience de l’art est source de connaissance, de ressourcement, de guérison. Cela permet de changer de vie » ? C’est quand même quelque chose de très fort que de voir les quatre dimensions possiblement « expérimentable » grâce à une rencontre artistique. 

Isabelle Martinez : Oui, c’est juste. On va dire que j’étais une femme assez déprimée. Surtout, je ne trouvais aucun sens à ma vie. Les propositions d’emplois et d’occupations qui m’étaient présentées ne me parlaient pas du tout. Par l’art, j’ai vécu une révélation au point que j’ai décidé de m’y vouer et de cheminer en lui. 

Finalement, j’ai adopté une position qui me conduisait à une créativité qui ne serait pas purement mienne, j’en étais loin. Je n’arrivais pas à trouver de chemin créatif en moi-même. Mais à travers la créativité des autres, j’ai vu naître la mienne. 

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L’art nous relie au monde

En fait, de quoi parle la créativité des autres? Elle parle d’émotions, de sentiments, de perceptions multiples qui viennent aussi nous guérir et nous ouvrir. Elle m’amène également une culture immense. Je n’avais pas du tout cette culture-là. J’avais arrêté l’école en troisième et il n’avait aucune culture artistique. Il y a donc eu un bienfait immédiat. Enfin, j’avais trouvé un sens à ma vie et quelque chose qui me reliait au monde. J’ai trouvé enfin ma place, quelque part. Je voyais naître ma tribu avec des artistes.

Pascal Quionquion : Un sens tellement fort que c’est finalement devenu ta profession ?

Isabelle Martinez : C’est devenu ma profession, en effet. J’ai un peu vaincu mes empêchements étant donné que je n’avais pas de niveau académique, mais j’ai trouvé quelques formations. Je suis arrivé à convaincre certaines personnes parce que je commençais à être passionnée. Du coup, même si je n’avais pas le niveau scolaire, on m’a permis de faire des formations au niveau bac, que je n’avais pas. Grâce à ça, j’ai commencé à mettre le pied dans des institutions muséales. C’est alors que j’ai commencé à faire de la médiation, c’est-à-dire à transmettre l’art. 

Formée à la lecture de l’art au contact des créateurs

J’ai d’abord débité avec de l’art contemporain et des artistes vivants. Ils me parlaient de leur démarche que je communiquai ensuite au public. Je n’avais donc besoin d’aucune connaissance puisqu’elle était directement transmise par leurs créateurs mêmes. Elle était non seulement présente dans ce que je ressentais face aux œuvres, mais en plus, en côtoyant les artistes qui eux-mêmes me témoignaient de leur chemin et de leurs propres passions.

Pascal Quionquion : finalement, ta capacité à percevoir ce qu’une œuvre peut exprimer dépasse la simple lecture d’art distante de son auteur ? Je me souviens être allé au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne quand j’étais au collège. Ça a été une erreur dans mon expérience personnelle. Je me suis interrogé sur la pertinence d’appeler ces choses-là des œuvres d’art. Pour moi, c’était serpillières à moitié trempées, suspendues à un mur, chose que j’aurais pu faire moi-même. Je trouvais même que mes tartes aux pommes étaient plus artistiques que ces serpillières-là. J’avoue que, je n’avais pas tout à fait compris ce qu’était l’Art moderne à l’époque.

Je vois dans ta démarche que tu as appris à lire l’art sans avoir eu d’école t’ayant conduit à la lire de telle ou telle manière. Tu l’as véritablement vécu comme une expérience sensorielle.

Chaque pauvre porte un sentiment universel qui fait écho en nous

Isabelle Martinez : Exactement. C’est là où je me relie à l’enfance dans laquelle j’ai continué à faire confiance à mes sensations et à mon imaginaire. Ainsi, j’ai relié cette réalité à une œuvre d’art. 

Il suffit de la regarder comme on regarde un coucher de soleil ou un arbre dans la nature et se laisser imprégner. On peut ainsi se laisser transporter par les couleurs, par les odeurs (même s’il n’y a pas d’odeurs dans une peinture, il est possible d’imaginer leurs perceptions, leur existence par les nuances colorées, par exemple). De la manière, on peut percevoir les sons et toutes ces petites perceptions qui vont nous relier à l’œuvre d’art. On peut également fonder son ressenti sur l’expression et l’émotion, sachant que chaque œuvre porte un sentiment universel. Et ce dernier fait écho en nous, de toute façon.

Une lecture libérée

Pascal Quionquion : Est-ce à dire qu’il est possible que tu te portes en faux par rapport à l’analyse ou l’expérience présentée ou formulée par d’autres commentateurs d’œuvre d’art ? 

Isabelle Martinez : Tout à fait. Étant donné que j’en ai fait mon métier, j’ai fait des études pour aller combler mes lacunes. Je savais ne pas pouvoir tenir dans ce milieu si je ne justifiais pas d’un diplôme académique. 

J’ai eu la chance de tomber sur de très très bons professeurs universitaires qui allaient à contre-courant du savoir encyclopédique. Ils apprenaient plutôt à regarder une œuvre et à exprimer ce que l’on ressentait face à elle. Je peux d’ailleurs mentionner Daniel Arrasse que certains connaissent peut-être. Il est un des grands historiens d’art, de notre époque qui a beaucoup bouleversé l’histoire de l’art. Donc effectivement, je me suis retrouvé en porte-à-faux avec mon métier de conférencière parce que j’ai commencé à créer des approches qui ne passaient pas par les références, l’intellectualisme et le mental. Me retrouvant donc, en porte-à-faux, même avec mes collègues, ça n’a pas été facile.

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Pascal Quionquion : J’imagine, effectivement.

Isabelle Martinez : Oui, ça n’a pas été facile de mettre en avant cette façon d’approcher l’art juste avec le sensoriel. Encore moins en utilisant des méthodes que j’ai créées petit à petit et qui n’étaient pas dans les habitudes d’un Musée, par exemple. Ça n’a vraiment pas été évident.

Se défaire de ses filtres protecteurs pour mieux voir

Pascal Quionquion : Je te cite au sujet de Daniel Arrasse qui invite : « En tant qu’élève, il nous incite fortement à mettre de côté le savoir encyclopédique pour apprendre à regarder, avant toute autre chose, une œuvre d’art. Le plaisir de regarder est au cœur de son approche, plaisir de s’approcher du tableau, plaisir d’en percevoir les détails et d’oser s’affranchir du savoir pour aller dans l’aventure du regard ». 

Cette idée me plaît considérablement. Tu imagines le plaisir que j’ai d’accueillir cette manière de voir les choses sur ce blog de développement personnel ! En effet, sur ce blog, j’apprends également à se défaire de ses propres croyances. Finalement, quand on a été éduqué dans un savoir encyclopédique, on ne peut pas voir autre chose, sans choix cognitif raisonné de distance d’avec ce qu’on nous a inculqué. Et là, dans ton approche de lecture d’art, tu as appris à sortir des ornières que l’on t’a données sur le plan académique pour t’approprier une lecture de l’art qui devienne libre. Elle devient dépendante de toi, tu t’autosuffis, d’une certaine matière. Tu t’autorises à t’exprimer.

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Isabelle Martinez : C’est tout à fait ce principe-là de l’autonomie du regard que je défends. Je le fais en poussant à ouvrir ses impressions et ses perceptions

En effet, nous avons été formatés d’une manière mentale qui devient un filtre. Finalement, on va voir ce que l’on pense ou ce que l’on nous a fait penser plutôt que de regarder purement, entre guillemets. 

En cela, je cite aussi Merleau-Ponty, qui a écrit « La phénoménologie de la perception » que je résume très simplement. D’autant qu’il est préférable de ne pas se lancer dans la lecture de ce livre le soir si on veut réussir à dormir. 

Nous sommes connecter

Nous sommes tous reliés, interconnectés

En gros, il dit  que «le corps, dans le monde, est comme le cœur dans l’organisme. Il est relié ». Finalement, notre corps est relié à l’environnement, à ce qui est le cœur de notre organisme. On est donc un être à part entière complètement relié à l’environnement. Il n’est pas question de focaliser uniquement sur le mental et le cerveau. C’est l’ensemble qui est à considérer

Cela implique nos sens, nos sensations, notre peau, etc. Tout va se mettre en route et entrer en contact avec l’autre. Dans cet autre, il peut s’agir d’une œuvre d’art comme de la nature qui nous entoure ou la ville alentour. On ne fait qu’un. C’est vraiment le message de Merleau-Ponty. Il ajoute que l’on met un filtre mental qui nous pousse à entrer en projection. On va donc perdre la pure perception, malheureusement. À partir de là, on sera davantage en projection qu’en pure perception. Or, la pure perception est une formidable ouverture à l’autre et au monde, en fait. 

Malheureusement, quand tu parlais de croyances, cela rappelle qu’entre nous et l’autre se trouve des croyances. On va y mettre une certaine culture avec un décryptage de l’autre par la grille de lecture de la culture, qu’on nous a inculquée en y ajoutant notre éducation, etc. Je pense que tu connais bien ça 😉

Pascal Quionquion : Tout à fait. Et notamment, une des premières croyances qui m’est venue à l’esprit, quand tu as rappelé que j’avais évoqué la notion de croyances, c’est le filtre de l’esthétique. Quand ce n’est pas esthétique, selon nos propres critères, ça ne peut pas l’être, en soi. En cela, c’est déjà un premier obstacle. J’ajoute que si ce n’est pas esthétique, je ne peux pas le regarder. Je n’ai rien à recevoir de cette « chose » inesthétique. Et cela transparaît dans nos relations sociales interpersonnelles.

Finalement, tu invites à bousculer des barrières, ne serait-ce que, de manière générale, avec ses croyances remises à plat, ou de côté, pour aller au Musée tout nu, quelque part. 

Utiliser l’art pour s’entrainer à mieux vivre ses relations aux autres

Isabelle Martinez : En fait, on peut dire que l’art peut-être un très bon training (entrainement). Il n’y a ni enjeu ni danger. Donc, se déconditionner face à une œuvre d’art peut-être un formidable entraînement pour préparer la relation que j’aurai avec l’autre dans le métro ou au boulot. Cela me permet de percevoir et d’entrevoir mes propres jugements. 

Il n’est rien de mieux qu’une œuvre d’art pour se traquer dans ses propres jugements. Je vais juger l’œuvre alors qu’elle ne me fait rien, elle ne me met pas en danger. Malgré tout, je viendrai équipé d’un filtre qui fera que je la jugerai par rapport à ce qui sera mon goût. Peut-être que ça va réveiller une mémoire qui ne m’est pas agréable. Il peut également s’agir d’un chemin de connaissance de soi, si l’on va plus loin. 

C’est peut-être une des choses que je mettrai en place un peu plus tard, avec un jeu qui s’appellera « le miroir de l’œuvre ».

Apprendre le bien-être au Musée

Pascal Quionquion : Je vois que tu as un projet embryonnaire.

J’entends que tu es conférencière du bien-être au Musée. Tu es donc dans cette dynamique teintée d’une volonté de nous pousser à nous développer. Quels sont, d’après toi, les avantages d’aller dans le dépouillement de soi dans lequel on va se dire « je mets de côté ce que j’ai appris et ce que je crois maîtriser, ce que je sais… pour me laisser expérimenter la même chose, peut-être, mais autrement ou expérimenter la nouveauté ?». Quels sont les avantages de cette démarche dans l’approche artistique et, peut-être, dans une approche que générale ? 

Isabelle Martinez : Déjà, c’est un véritable lâcher-prise sur soi qui devient nécessaire. Il n’y a pas plus tyrannique que nous-mêmes sur nous-mêmes. Nous nous mettons des ornières et des limites. Et nous avons besoin d’en prendre conscience. 

Du coup, cela fait reprendre confiance sur ce que je ressens, sur mon intuition. Il y a des choses vers lesquels je n’ose pas aller. J’hésite à m’osez différent·e, différent·e de tout ce qui m’a construit·e aujourd’hui. Et là, c’est du light. On n’est pas dans du lourd profond, je ne suis pas coach. C’est vraiment un moment qui permet de faire cette expérience face à une œuvre d’art. 

Je peux, à un moment donné, laisser tomber mes barrières et mes ornières pour m’aventurer en toute sécurité. Je peux trouver du plaisir en partant dans mes sensations, sachant que je ne risque rien. Il s’agit d’une aventure avec laquelle je pourrai découvrir des perceptions que je n’ai jamais eu.

J’ai entendu plein de personnes qui avaient déjà vu une œuvre me dire « je l’avais jamais vu comme ça ».

bien-être au musée

On ne risque rien face à l’art

Pascal Quionquion : « Je ne risque rien », dis-tu. Est-ce que vraiment, on ne risque rien ?

Isabelle Martinez : Avec les activités que je propose, on ne risque rien. Ce sont des one shot (coups d’une fois) d’une heure environ. Ensuite, les personnes peuvent revenir si elles le souhaitent. Ce sera plutôt une sensation de ressourcement et de plaisir, de découverte et d’expérience. 

En tout cas, les personnes n’ont pas à craindre d’être déstabilisées. Personne n’a fait le retour de s’être senti malmenée ou déstabilisée. Peut-être est-ce dû au fait que je mène le jeu dans un cadre culturel et muséal. Il y a donc des limites que je ne dépasse pas dans ce cadre-là. Du coup, je ne provoque pas de remise en question sans suivi.

Un besoin de s’affranchir

Pascal Quionquion : Après, il y a une très grande ouverture, avec une très faible guidance dans son approche, excepté pour éviter à se laisser toucher par l’œuvre.

Isabelle Martinez : C’est juste. C’est déjà de se dire « je veux me laisser toucher et oser aller dans mes sensations et mon sentiment. Je veux oser m’exprimer également ». En effet, il y a toujours une part de partage. Et je note que beaucoup de personnes sont complexées face à certaines œuvres d’art. Ça vient d’une éducation plutôt élitiste par rapport à l’art. Ces personnes pensent qu’elles n’ont pas le droit de s’exprimer sur une œuvre d’art parce qu’elles n’ont pas les connaissances.

Je leur démontre que chaque parole et sensation comporte une vérité que porte l’œuvre, de toute façon. Elles peuvent donc s’exprimer sans complexe. C’est vraiment une chose qui libère une personne et lui donne confiance.

J’ai pu travailler avec des personnes souffrant de handicaps psychiques ou dans le champ social. A. Chaque fois, ces personnes viennent avec les professionnels qui les encadrent. On fait ainsi l’expérience que le cadre de la parole sera très libérateur pour tous. Elle devient importante. Ainsi, les personnes perçoivent que leur parole et leurs ressentis sont importants et justes face à une œuvre d’art. 

Vers la relation à soi

Pascal Quionquion : L’art est donc utilisé comme un révélateur de soi-même, une rencontre avec soi. On utilise l’œuvre pour se relier à soi et pas seulement à une œuvre, qui elle est inerte, au passage. On en cherche pas non plus forcément à se connecter au créateur de l’œuvre. 

Isabelle Martinez : Alors là, c’est un petit peu ma gymnastique personnelle. Effectivement, je fais un va-et-vient entre l’œuvre et les sensations en interrogeant le monde intérieur. J’amène donc la personne vers elle-même, à une écoute profonde d’elle-même par des exercices de respiration, par exemple. J’emploie également des pratiques de relaxation. 

Aussi, je propose ce que j’appelle «le wutao au coeur de la contemplation» . Il s’agit d’un mouvement contemporain qui ressemble à une danse. Il est né il y a plus de 20 ans et permet de faire des mouvements qui ouvrent sa corporalité et ses sensations pour un retour à soi vraiment global.

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C’est peut-être difficile à suivre dans la discussion, mais imaginez des mouvements lents pour amener à une méditation en mouvement.

Pascal Quionquion : Je suis assez surpris. C’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui a ton approche avec cette sensibilité a inviter de manière presque thérapeutique, même si ce n’est pas ton angle d’approche, à la lecture de l’art. Quelqu’un qui utilise l’art pour se développer seul·e, pour se rencontrer, pour s’exprimer (sortir de soi au sens étymologique) pour manifester à soi, comme aux autres, ce que l’on a vécu et expérimenter. Et, en plus, tu fais sortir des ornières de ce qui a été académiquement cadré. 

Dans ton expérience personnelle, au-delà de la femme professionnelle qui passe des heures au Musée, as-tu vu des implications dans ta vie quotidienne qui sont issues de cette expérience de lecture d’art ?

l'art et la relation à soi

La lecture de l’art et son impact quotidien

Isabelle Martinez : En fait, toute ma vie est imprégnée de la démarche que je propose. Elle a vraiment changé ma façon d’être au monde. Si j’avais perçu ça dès ma jeunesse, ou mon enfance ! 

Avec une pratique dans laquelle on parle « d’éveiller l’âme du corps », j’ai appris à redonner toutes ses sensations à ma corporéité entière. Ça a été un chemin corporel très lent et passionnant. Il a bouleversé ma façon de voir le monde comme d’être au monde. 

À partir de là, mon métier a changé. C’est alors que j’ai commencé à transmettre d’une façon différente la lecture de l’art. Je ne pouvais plus le faire d’une manière mentale. Ça devenait vraiment une transmission corporelle, comme on vient de l’évoquer avec les perceptions, les sensations et l’ouverture de sa corporéité. Ça m’a conduit à devenir vulnérable face à l’œuvre. Pour ma part, ça a été par le chemin du wutao et par un autre art qui s’appelle l’art de la trans-analyse. Par ce biais, j’ai fait tout ce travail sur moi-même.

En fait, c’est devenu une manière de vivre à part entière. À partir de là, et des expériences que j’ai vues s’enchainer les unes après les autres dans les arts visuels et l’impact que ça a eu sur ma vie, ça a été un moyen de me donner les possibilités d’agrandir ce champ au point d’en faire un chemin de vie. 

Pascal Quionquion : Je présume d’avance que tu es moins en jugement vis-à-vis de toi-même depuis ce chemin de vie ? 

Isabelle Martinez : Oh oui, tout à fait.

L’art participe au développement personnel

Pascal Quionquion : Est-ce que ça a également un impact sur la baisse de ta tendance à juger les autres, ceux que tu rencontres dans la rue, dans le bus ? 

Isabelle Martinez : Immanquablement, ça a un impact indéniable. 

Dans la mesure où c’est devenu conscient, je me surprends à juger, oui. Je passe par des étapes où je me vois juger. Depuis lors, je peux traquer mes peurs ou mes angoisses. Ce sera toujours présent dans le champ de la conscience. Il me paraît évident de vivre cette prise de conscience dans la vie de tous les jours comme je le fais face à une œuvre d’art. 

Pascal Quionquion : Je te remercie parce que je n’avais pas imaginé à quel point ça pouvait être impactant sur la vie de quelqu’un de se placer dans un Musée et d’être enrichi par une œuvre après avoir brisé ses propres barrières. 

Je suis ravi de voir que cette lecture artistique puisse être aussi parallèle d’avec le travail que je fais avec la communauté Heureux au présent que j’invite à : 

Du coup, je regarde ton travail et ton cheminement avec une joie particulière. Et je souhaite que le plus possible de monde puisse expérimenter ce que tu proposes. Je vois réellement quelque chose de très beau et très profond.

se laisser gagner par l'art

Un combat gagnant-gagnant 

Isabelle Martinez : Merci Pascal. Et comme je le disais au départ, ça m’a demandé du travail de parvenir à faire se joindre ces deux mondes. En France, on est très catégorisant, académique et discipline. C’était très délicat de faire se rejoindre dans une institution muséale le bien-être et la culture artistique. Créer une passerelle n’a pas été évident, mais ça a été passionnant. Et je suis ravie de voir que le public suit dès qu’il peut être informé. Ce n’est pas très connu. Beaucoup se montrent présents, malgré tout. Il y a de plus en plus de personnes et de Musées qui le proposent et je m’en réjouis.

Se laisser librement réapprivoiser par l’art

Pascal Quionquion : Je partage ta joie. Aurais-tu un conseil à donner à des personnes qui ont vécu de mauvaises expériences au Musée ? Je t’ai parlé de mon expérience désagréable du Musée d’art contemporain de Saint-Étienne, mais j’en ai vécu de magnifiques visites au Musée. Le 8 décembre dernier, j’étais au musée des Beaux-Arts de Lyon dans lequel je me suis régalé pendant une demi-journée. Mais s’il peut arriver que des personnes aient une expérience désagréable de l’art au point de ne plus aller à sa rencontre, que proposes-tu ?

Isabelle Martinez : D’abord, il y a des méditations publiées sur mon blog. Les personnes qui en ton besoin peuvent peut-être découvrir une autre façon de s’imprégner d’une œuvre d’art en les écoutant. 

Ensuite, je les encourage à aller au Musée seul·e ou accompagné·e et de lâcher le premier jugement qui est venu lors de la première expérience. 

Après cela, elles pourront partir à la découverte des œuvres en se disant « je vais me faire du bien, découvrir et m’émerveiller. Je m’écoute, j’arrive, je respire. Je fais même abstraction de ce lieu ». 

Quand on entre dans un Musée, on se conditionne, généralement. On se dit « c’est un Musée, donc… ». On peut se couper de ce lieu en se centrant sur sa propre respiration, en écoutant les bruits qui sont autour. Ainsi, on peut commencer à se promener à son rythme. On peut traverser les salles, fermer les yeux et se rendre compte qu’enfin dans les yeux il y a une œuvre qui va apparaître. On peut aller à la recherche de celle-ci. Tout à coup, on peut prendre conscience des liens que l’on a avec cette œuvre que l’on a pas forcément cru voir, mais qui, en fermant les yeux, est apparue dans notre inconscient. 

On peut également choisir d’aller très vite. De parcourir de nombreuses salles et de s’arrêter devant une seule œuvre. Souvent, on se rend pénible la visite au Musée. On se la rend pénible, ou on veut tout faire, tout voir alors que c’est peut-être trop long. Les Musées ont tendance à en mettre trop, dans les expositions.

Dans les séances que je propose, on peut rester une heure devant une seule œuvre !

Pascal Quionquion : Et ce n’est pas ennuyeux ? 

Isabelle Martinez : Non, c’est merveilleux. Sur mon blog, je publie le programme pour les Parisiens. Donc ils pourront venir à ma rencontre s’ils le veulent. Mais ils peuvent également regarder dans des Musées de province qui proposent de petits événements ou de petites expositions slow, comme on dit. Il s’agit d’expo de bien-être ou de relaxation. Il est même possible d’aller faire du yoga dans des Musées, ça existe. C’est peut-être une chance que l’on s’offre de vivre une autre relation l’art.

Après, ce que j’ai envie de dire au sujet des serpillières de ton Musée d’Art moderne, si ça avait été moi, je t’aurais dit « c’est normal que tu ne ressentes rien et que tu ne comprennes rien ». À priori, c’est plutôt de l’art conceptuel qui passe nécessairement par le mental. Tu vois, certaines formes d’arts ne s’adressent pas au même endroit, en fait.

Isabelle Martinez médite

Demandez le programme ! 

Pascal Quionquion : Cela veut dire que, si on veut se réconcilier avec l’art ou rencontrer une œuvre d’art qui viendra à notre rencontre, il y aurait peut-être des options artistiques à privilégier et d’autres à éviter, a priori ?

Isabelle Martinez : Il peut exister certaines œuvres d’art que l’on aura de la peine à regarder et qu’on ne choisirait consciemment. Aller à la rencontre de cette œuvre peut nous ouvrir les portes sur soi-même, malgré tout. C’est peut-être un bon début pour se relier à soi, à son inconscient, et à ce que l’œuvre nous conduira à voir dans son propre miroir, comme dans son propre étonnement personnel.

Pascal Quionquion Peut-on te retrouver sur certains Musées avec lesquels tu collabores ? 

Isabelle Martinez : À Paris, je serai au Musée Carnavalet, au Musée d’Art Moderne de Paris. Et dans le Val-d’Oise, je serai à l‘Abbaye de Maubuisson, qui est un centre d’art contemporain. En effet, jusqu’à fin décembre, je suis sur ces trois sites-là. 

L’année dernière, j’étais au Louvre, mais ça ne s’est pas répondu cette année, vu que ça dépend de la programmation des Musées.

Invitez Isabelle dans vos Musées

Pascal Quionquion : T’arrive-t-il d’aller en province ?

Isabelle Martinez : Oui, je suis tout à fait ouverte pour me rendre en province. Si parmi les lecteurs, certains veulent m’accueillir dans une institution muséale, je suis ravie de pouvoir vivre cela en province.

J’ai déjà fait quelques activités dans les Musées du Nord, et quand je suis invitée en dehors de Paris, j’en suis heureuse.

Pascal Quionquion : C’est entendu. Et j’invite tous les lecteurs de Heureux au présent à passer par le blog d’Isabelle pour l’inviter à partager sa richesse des bienfaits de l’art.

Isabelle, je te remercie pour ces minutes que tu nous as offertes comme pour c’est pages que tu nous as ouvertes. Merci pour le cadre que tu as ouvert plus encore pour que nous puissions nous rencontrer et nous interroger ensemble autour de l’art. Je t’encourage dans ton travail avec ce blog qui est tout nouveau et que tu as ouvert en avril 2022. Je souhaite bon vent à ton blog.

À très bientôt, au revoir. 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne semaine.

Bye-bye

4 commentaires

  1. Bonjour Pascal,
    Merci pour ce partage avec Isabelle. C’était très intéressant tant dans les questions que dans le monde d’Isabelle ! J’ai passé un très bon moment à lire cet interview.
    L’approche d’Isabelle est vraiment particulière, c’est en ça qu’elle est riche !
    A un moment Isabelle dit « En fait, toute ma vie est imprégnée de la démarche que je propose. Elle a vraiment changé ma façon d’être au monde. Si j’avais perçu ça dès ma jeunesse, ou mon enfance ! »
    Je dirais que si elle avait connu ça dès son enfance, sa sensibilité ne se serait sans doute pas autant développée ! Pas de regret..
    C’est parce qu’un arbre n’a pas d’eau qu’il doit avoir des racines puissantes pour aller la puiser profondément.

    1. Bonjour Caro,
      Je suis ravi que cette interview d’Isabelle te soit parue intéressante. En effet, je trouve la prof d’Isabelle très particulière, et c’est la raison pour laquelle j’ai trouvé intéressant de m’en approcher. Son atypisme produit la richesse de son apport, à partir de son regard très spécifique.

      Je me permets de prendre ton propos avec des pincettes quand tu écris « si elle avait connu ça dès son enfance, sa sensibilité ne se serait sans doute pas autant développée ! Pas de regret. » Pourquoi ?
      Nous pouvons constater que des personnes qui sont passées par certaines difficultés font montre d’une sensibilité et d’une aptitude très particulière. En même temps, il est à noter qu’une personne qui a vécu une enfance pendant laquelle elle a reçu la garantie de l’amour dont elle avait besoin peut tout autant développer des aptitudes et des sensibilités très spécifiques et richissimes. N’avons pas besoin de passer par des difficultés pour exprimer des formes de créativité et de sensibilité non communes. Et si nous en avons l’impression, c’est que l’on aime mettre en exergue des personnes qui ont eu des enfances ou des adolescences difficiles. Vive les médias, davantage désireux de gagner de l’argent que de nous informer. Cela explique la recherche de la perle rare, comprends-tu ?

      Souvenons-nous que les médias et les discours entre amis aiment à souligner les passages difficiles, considérant que la « normalité » attachée à une vie, calme et tranquille, sans turbulence notoire, ne mérite pas d’être racontée. C’est un tort, car la majeure partie des trains qui arrivent à l’heure font aussi avancer le monde 😉

      Je prépare un podcast intitulé « Nos pensées négatives et nos problèmes sont minoritaires ». Ce sera justement l’occasion d’aborder ce sujet avec des notions et exemples étayés. On s’y donne donc rendez-vous.
      A suivre

  2. Merci pr le partage de cet interview ! L’art est pour moi une distraction mais je vais le voir autrement à présent ! Merci à vous 2 !

    1. Waou ! Je pense qu’Isabelle pourra se réjouir de te lire, tout comme je le fais. En effet, grâce à son apport, mon regard sur l’art qui favorise la rencontre avec moi-même s’est amplifié. C’est hyper bénéfique.
      Je te souhaite de belles expérience de rencontres avec toi 😉

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