Le phénomène d’aggravation

aggravation psychologique

Une image qui peut nous apprendre bien les choses pour vivre heureux 

La dégringolade de galères

Comprendre le phénomène d’aggravation est une marche incontournable pour vivre plus en distance face à ses propres difficultés. 

Je commencerai directement avec une situation récente ; quelqu’un a volé mon scooter. Il était stationné juste à côté du cabinet. Ma femme m’appelle en me demandant si je suis passé le prendre. Il s’avèrerait que ce n’était pas le cas !

J’ajouterai que lorsque nous avons acheté le scooter quasiment neuf, au mois de décembre, on nous a dit qu’il n’était pas possible de l’assurer contre le vol à Marseille. Les compagnies d’assurance sont quasiment unanimes là-dessus à moins que, sur insistance, le montant de l’assurance avoisine celui d’une voiture ! C’est bien une manière de décourager l’assurance d’un deux roues contre le vol compte tenu du nombre élevé de vols à Marseille.

Dans la même semaine, nous avons reçu un procès-verbal pour excès de vitesse. Son montant était de 375€. Je vous confirme qu’il n’y a pas d’erreur de frappe, le montant était bien de trois cent soixante-quinze euros. En le lisant, je me suis demandé comment il était possible d’avoir une amende aussi élevée. Après une lecture plus attentive, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un PV consécutif à un excès de vitesse de moins de 20 km/heure au mois de février pour un procès-verbal jamais reçu. En conséquence, il est passé en majoration, ou plutôt, en surmajoration 😉 

Cette même semaine-là, je suis passé par une expérience conjugale difficile. Mon épouse et moi avons eu besoin de mettre certaines choses au clair suite à quelques tensions.

Et ce n’est pas fini

Le jour où j’ai appris le vol du scooter, j’ai fait une préplainte en ligne sur le site du gouvernement. Dans le déroulé de la procédure, il m’a été demandé de proposer des tranches horaires auxquels je serais disposé à me rendre au commissariat pour valider la préplainte et la transformer en plainte. J’ai donc proposé plusieurs tranches horaires, assez larges, bien entendu. 

À l’issue de cette procédure, j’ai reçu un appel téléphonique d’un officier de police qui m’informe sur répondeur qu’il n’était pas possible de me proposer un rendez-vous avant huit jours. Il était donc préférable que je me rende directement au commissariat. C’est ce que j’ai fait. Cela dit, quand j’ai vu la vingtaine de personnes dans la salle d’attente, je me suis renseigné sur le délai estimé avant que l’on prenne ma plainte. Une bonne heure, m’a-t-on dit. Ne pouvant attendre aussi longtemps au commissariat, pour des raisons professionnelles, je suis retourné au travail.

J’ai rappelé l’officier de police qui m’avait laissé le message et constaté que sa boîte vocale était pleine. Impossible, donc, de laisser un message. J’ai donc procédé’ à une nouvelle préplainte. Cette dernière ayant été ré-enregistrée (après avoir pris la précaution de proposer une période de rendez-vous possible bien plus importante que celle que j’avais précédemment proposée, sachant que la loi impose 30 jours maximum de délai entre la préplainte et la signature de la plainte), j’ai reçu un appel téléphonique d’un nouvel officier de police me demandant, là encore, de me rendre au commissariat.

Je dois dire avoir ressenti une impression d’excès, d’abus. La police a mis un service en ligne et cherche à s’en soustraire.

grave

Résumons mes phénomènes en chaine

Depuis le début de ce rendez-vous, vous avez remarqué que je vous ai parlé de plusieurs événements :

  1. Vol de mon scooter
  2. Deux préplaintes 
  3. PV surmajoré
  4. Passage conjugal difficile

On peut dire que cela fait entre 4 et 5 événements. Et, dans mon cerveau, le naturel va dans une direction consistant à dire « j’ai vécu cela, puis cela, plus cela, plus cela dans la même semaine ! ». Quelque part, c’est une manière inconsciente de donner davantage de gravité à ce que j’ai vécu. 

La gravité est subjective

J’ai pourtant conscience que la gravité est subjective. Il n’existe pas d’échelle de gravité. Je sais que dans le milieu hospitalier, on demande aux patients d’évaluer leur douleur (puisqu’il n’existe pas d’échelle objective de douleur). Ainsi, on leur demande, sur une échelle de 0 à 5 ou de 0 à 10, d’évaluer leur douleur (on appelle cette échelle l’E.V.A. pour Échelle Visuelle Analogique). 

Ainsi, on demande à un patient « à combien estimez-vous l’intensité de votre douleur ? » sachant qu’entre : 

  • 1 et 3 : douleur d’intensité légère
  • 3 et 5 : douleur d’intensité modérée
  • 5 et 7 : douleur intense
  • supérieure à 7 : douleur très intense

Pour information, un traitement n’est envisageable qu’à partir de 3.  

Et pour la gravité, comment l’évaluer ? Il n’existe pas d’échelle. D’ailleurs, il est possible que vous viviez une situation telle que le vol d’un véhicule, que vous ayez de la peine à vous en remettre alors que quelqu’un·e d’autre ayant vécu·e le même événement ne le considérait pas comme une situation grave. 

Vous comprenez que l’échelle de la gravité n’existe pas. Et nous avons tendance, naturellement, c’est-à-dire sans y réfléchir, à chercher à cumuler et à associer des éléments vécus dans un laps de temps (court ou long) donné. Notez qu’il nous est possible d’associer des événements espacés les uns des autres par plusieurs années. Il nous est possible de penser « l’année dernière, j’ai vécu un divorce. L’année précédente, un de mes enfants a été touché par une maladie grave. Deux années avant, mon père a eu un accident de voiture», etc.

En fonctionnant ainsi, nous pouvons arriver à des conclusions fondées sur des événements qui, en soi, peuvent être liés, mais sur quelle base ? Il appartient à chacun d’avoir la discrétion des raisons qui le conduisent à lier des événements dans le but de créer le phénomène d’aggravation. Seulement, vous comprenez que, naturellement, il n’est pas évident d’éviter de le faire, tellement c’est devenu spontané.

Chacun sa gravité

En conséquence, je voudrais, avant de poursuivre, nous inviter à ne pas entrer dans une tentative d’évaluation de la gravité de ce que vivent les autres. Ce que je vis est grave pour moi et il est possible que cela ne le soit pas pour un autre. Et à l’inverse, quand une connaissance, un·e ami·e, un·e collègue vit une situation de grave (selon lui/elle), je veillerai à l’accueillir comme étant attachée à une échelle de gravité qui correspond à sa perception. Je ne chercherai donc pas à évaluer la gravité sur ma propre échelle de gravité.

Si je fonde mon approche sur l’échelle visuelle analogique (EVA), une prise de sang peut être anodine pour quelqu’un·e et insupportable pour un·e autre. Qui des deux a raison ? Pourquoi l’un·e des deux a choisi 8/10 alors qu’un·e autre a écrit 1/10 ? Qui a tort ? Qui exagère, peut-être ? On ajoutera à cela le phénomène d’aggravation qui est une capacité à lier les événements.

Notre cerveau aime lier et les événements 

Ayant besoin de créer du sens, notre cerveau crée spontanément un lien entre les événements. Autrement dit, quand nous vivons une situation, nous avons besoin de parvenir à la lire. Par conséquent, cela implique de chercher du sens. Nous ne ressentons aucun plaisir à lire une phrase, un paragraphe ou la page d’un livre si nous ne comprenons pas ce qui s’y trouve écrit.

Quoi qu’il arrive, même si ce que nous avons compris ne correspond pas à ce que l’auteur a voulu écrire, nous en déduisons que la phrase, le paragraphe ou la page du livre que nous avons lu va dans une direction déterminée, celle pour laquelle nous avons opté. 

Il n’est pas rare que, lors d’un débat, à l’issue d’un film ou de la lecture d’un livre ou d’un article, les avis divergent. La lecture, forcément sujette à l’interprétation, implique l’expérience respective. Par conséquent, on peut commencer à abandonner l’idée de « raison ou tort » car l’intention est de donner du sens à une lecture, comme à une lecture d’expérience.

Le ridicule des croyances religieuses des autres

Je trouve assez parlant d’employer le domaine religieux pour évoquer cela. Quand quelqu’un dit croire en une chose précise et que d’autres le regardent en se disant « c’est bizarre ce qu’il croit. Je ne comprends pas. Dans ma religion, on ne croit pas ça. On croit à ceci et à cela ». Et quelqu’un d’une autre religion pourrait m’entendre parler de la mienne et dire « c’est vraiment bizarre ce que tu crois. Comment fais-tu ? Pourquoi ça ? ». 

On pourrait s’amuser ainsi à employer ce même exemple avec chaque religion. J’ai choisi l’exemple de religion, mais cela reste valable dans le domaine politique entre autres domaines. Dans un couple, une chose peut paraître complètement normale à l’un·e alors qu’elle parait grave pour l’autre. 

Vous voyez qu’il s’agit réellement d’une lecture interprétative. D’où l’intérêt d’apprendre à se respecter sans chercher à imposer sa propre interprétation, mais de chercher à se comprendre, à se connaître et à voir ce que l’on a cherché à percevoir dans notre manière de lire l’événement et de l’interpréter. En réalité, c’est bien une projection de nous-mêmes qui se manifeste dans notre manière de lire les événements. 

Si face au vol de mon scooter, je me trouvais écroulé, que puis-je apprendre de moi ? Quels aspects de moi se révèlent et qui n’ont rien à voir avec le vol du scooter ? Il s’agit d’une relation à moi-même. 

  • Pourquoi ai-je lié le vol du scooter au PV surmajoré ? 
  • Pourquoi les lier également au passage de vie difficile et à la préplainte n°1 comme à la préplainte n°2 ? 
  • Comment expliquer que j’ai ressenti le besoin de lier ces événements ?
  • Quel sens ai-je cherché à donner au point de relier ma maladie grave à un événement antérieur de deux ans comme à une situation difficile vécue quatre ans plus tôt ?
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JT

Un défaut journalistique 

Je sais que les journalistes aiment lier les événements les uns aux autres. Il leur est aisé de dire « suite à l’assassinat d’untel, au meurtre d’un autre x années plus tard, la police a découvert qu’il y avait eu tel assassinat dans la région… » alors que ni l’un ni l’autre des événements n’est en relation avec les événements antérieurs. 

Il y a une volonté, un choix résolu, même inconscient, de relier des événements, avec l’intention d’aggraver la situation présente pour capter l’attention.

L’univers médical connaît le phénomène d’aggravation 

On s’arrêtera tout à l’heure pour savoir pourquoi on entre dans ce phénomène d’aggravation. Mais avant cela, sachez que le phénomène d’aggravation existe sur le plan médical

En milieu hospitalier, on appelle cela le syndrome d’aggravation ou le phénomène du fardeau mutuel. C’est une manière de dire qu’il peut y avoir une pathologie coexistante avec une autre et qui peut donc favoriser un milieu pathogène additionnel, parfois même multiplicateur. Dans ce cas-là, la dégradation de la situation peut aller beaucoup plus vite que si le deuxième ou le troisième facteur n’était pas en présence.

On peut parler d’un phénomène de dommages mutuels en cas de blessures combinées graves et qui feront le jeu des personnels travaillant aux urgences. Elles auront à identifier ce qui est vraiment grave de qui l’est moins.

Du plus grave au moins grave

Quelque part, les personnels urgentistes tentent d’évaluer une sorte de priorité de la gravité. Sans doute, vous demandez-vous comment évaluer le grave du moins grave ? Et la question peut se poser entre le vol du scooter, le PV surmajoré, le conflit conjugal et les deux préplaintes négligées ? Comment ordonner tout cela ?

A l’hôpital, quand quelqu’un est atteint de troubles ou de blessures combinées graves, comme on le dit dans le jargon médical, on travaillera sur ce qui met sa vie en danger en priorité pour aller vers ce qui ne touche pas à sa subsistance possible. L’idée est donc de le garder en vie avant tout. Ensuite, on travaillera sur les gravités inférieures.

Dans ma situation précise, en me fondant sur l’expérience énoncée au tout début de ce rendez-vous, vous pourriez me dire « Pascal, le vol du scooter, le PV surmajoré, le passage conjugal difficile et les préplaintes, est-ce grave ? Laquelle de ces situations est la plus grave ? Par où commencer ? ». Je reviendrai sur les réponses apportées à cette suite d’interrogation.

Nous vivons rarement des situations graves sur le plan de la mise en péril

D’abord, je prends conscience qu’en soi, selon mon échelle fondée sur une approche rationnelle, il n’y a pas vraiment de situations graves présentes dans les cas que j’ai mentionnés. Certes, c’est ennuyeux, mais justement, c’est peut-être parce que ce n’est pas si grave que je serai tenté d’adopter le phénomène d’aggravation en liant les événements les uns aux autres pour tenter de donner l’impression que c’est plus grave que ça ne l’est. Pourquoi ai-je besoin d’aggraver la situation ?  

Le phénomène d’aggravation positif est un faux ami

En continuant à considérer la tendance naturelle à relier les événements les uns aux autres comme à considérer que la situation est plus grave grâce à cette stratégie de liaison, je prendrai un exemple.

Imaginez que quelqu’un·e ait reçu un cadeau. La même semaine, il/elle a reçu un résultat positif à un diplôme qu’elle/il vient de passer. Quelques jours après, elle /il apprend que sa candidature a été retenue pour un emploi. Elle/il aura tendance à penser rapidement, aisément, facilement qu’elle/il a de la chance. 

Cette forme de conclusion se fera parce qu’elle/il aura tissé un lien entre les événements en ayant procédé à un phénomène d’aggravation même si cela lui paraît positif. Elle/il s’entendra penser « j’ai du bol, j’ai de la chance, je suis béni, je suis ceci et je suis cela ».

À présent, imaginez une personne qui a échoué à ses examens. En plus, elle a essuyé un refus suite à sa candidature pour un emploi. J’ajoute à cela qu’en rentrant chez elle, elle vit un accident, étant renversée par un·e automobiliste. Elle aura tendance à tirer une conclusion des événements ressemblant à « je n’ai pas de bol, je n’ai pas de chance, je suis maudit, je suis ceci et je suis cela ». 

entretien d'embauche

Procurez-vous un découd-vite

Dans les deux cas, le phénomène d’aggravation ou d’accumulation n’est pas pertinent en soi. Il est donc abusif d’arriver à une conclusion de type « j’ai de la chance, je suis béni·e » ou « je n’ai pas de bol, je suis maudit·e ». 

Vous comprenez qu’il s’agit d’une interprétation qui pourra procurer de la satisfaction ou de l’insatisfaction. Notre naturel nous poussera à chercher à valider une croyance. Or, dans ces deux cas de figure, je vous demande d’utiliser un découd vite. Les couturiers doivent savoir de quoi je parle. Il s’agit d’un outil utilisé en couture pour découdre deux pièces de tissu cousues l’une avec l’autre. C’est une manière de les séparer l’une de l’autre. On supprime la liaison qui les figeait. 

On défait donc les phénomènes en chaîne de nos logiques, défaire nos croyances conclusives qui commencent par « je suis » ou « j’ai ». Ce n’est pas parce que vous avez vécu une situation que vous êtes… Ce n’est pas non plus parce que vous avez vécu une situation que vous possédez… Vous n’avez pas et vous n’êtes pas ce que vous avez vécu. Dans les deux cas, il s’agirait d’une conclusion abusive. 

En agissant ainsi, nous avons tendance à nous abîmer. Même si nous avons vécu une situation positive, ou une suite de choses considérées comme positives, et que l’on se dit « j’ai de la chance, j’ai de la chance, j’ai de la chance… » et que, plusieurs fois dans l’année, nous cumulons 2, 3 ou 4 situations difficiles, nous basculerons naturellement vers l’inversion des sens de lecture en se disant « je n’ai pas de chance » ! Donc, même si, a priori, vous pouvez commencer à formuler « j’ai de la chance » avec une approche positive, je vous demande d’utiliser le découd vite pour chacune des pièces de votre réalité pour… ? Pour quel(s) bénéfice(s) ? 

Quel est le bénéfice à l’arrêt du phénomène d’aggravation ?

Ce sera au bénéfice de « je vis la situation ». Il ne s’agira plus de dire «je suis» ou «j’ai», mais je vis. En prenant un exemple concret, vous ne diriez plus « je suis en colère » ou «j’ai la rage ». Vous abandonnerez cette manière de formuler ce que vous ressentez au bénéfice de « je vis de la colère » ou « je ressens de la colère » ou encore, «je me sens en colère». 

Ainsi, vous réaliserez que vous expérimentez une situation. Il n’est pas question de votre identité qui n’est pas touchée par ce que vous expérimentez ou vivez. Elle ne change pas. Vous restez vous-même, quoi qu’il advienne. Et vous comprenez que si l’on accueille une expérimentation ou une expérience, voire, un passage de vie, on ne le vivra pas en approche conclusive. On sera davantage conscient·e que la conclusion se trouve à la fin, comme un aboutissement. Or, les expériences que vous vivez n’annoncent pas la fin de quelque chose. Vivez-les donc plutôt comme des étapes, comme des passages

  • J’ai reçu un cadeau ! Je l’apprécie. Merci pour le cadeau. 
  • Ma candidature a été refusée. D’accord, j’ai pris note du refus. Il s’agit de l’expérience que je vis. Qu’est-ce que je peux en faire ?

La question que je viens poser est également valable pour l’exemple précédent concernant le cadeau. Je peux aussi m’interroger sur ce que je veux expérimenter à partir de ce cadeau. Que puis-je faire de cette expérience pour grandir à moi-même ? Et cette approche peut-être la même avec le refus de ma candidature. Je peux aussi me demander ce que je vais faire de cette expérience. Comment vais-je m’enrichir de cette situation ?

Le clin d’œil et les effets choisis

Prenons un autre exemple comme le fait qu’un homme ou une femme m’ait fait un clin d’œil. Je me dis « ça m’a fait du bien ». Et avec un regard rationnel, je le dirais plutôt de la manière suivante : « je me suis fait du bien en ayant l’impression de plaire à cette personne». 

À l’inverse, dans une situation d’impression de rejet, je peux le vivre en prenant conscience que « je me suis fait du mal en ayant le sentiment de déplaire à cette personne. Elle a négligé (selon mon impression) ce que je voulais vivre avec elle. Que puis-je apprendre de moi ? Comment grandir avec cette expérience ? ». Une telle approche sera bien plus enrichissante que celle qui consisterait à me dire «de toute façon, les mecs ne m’aiment pas. Je ne leur plais pas» ou « les nanas ne sont pas intéressées par moi ». 

Aller dans cette voie consisterait à opter pour une approche conclusive qui viendrait aggraver la situation. Et même si, comme je l’ai précédemment évoqué, dans un premier temps, même si elle paraît positive, vous animez en vous la capacité à la lire à la négative à l’avenir.

Le piège de la récompense vs punition 

Pour vous aider à mieux comprendre mon propos, je peux parler du principe de la récompense et de la punition. En cela, je me fonde, entre autres, sur le travail de Thomas Gordon le fondateur de la méthode sans gagnants et sans perdants et de l‘écoute active. Il insiste sur l’importance de prêter attention à la récompense comme à la punition. Selon lui, il est préférable d’adopter une approche éducative exempte de punition et de récompense. Pourquoi ? Parce que l’enfant développera une approche binaire et veillera à attendre la récompense ou la punition.

Pour illustrer la situation, moi qui ai grandi dans une famille dysfonctionnelle, il m’est arrivé de choisir en tant qu’enfant d’aller chercher la ceinture et de me frapper avant d’aller voir mes parents pour leur faire savoir que je m’étais déjà frappé suite à la bêtise que j’avais faite. On est là dans un phénomène dans lequel la récompense est le verso de la punition. Et vice versa. Ces deux univers participent à « fabriquer » un enfant qui comprendra la nécessité de plaire pour ne pas être puni. Il ne cherchera pas à être lui-même mis à faire le bien. Il cherchera à plaire pour obtenir la récompense.

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Nous avons un réel avantage à isoler chaque situation. Chaque situation séparée l’une de l’autre. Ainsi, un résultat insatisfaisant à un examen s’avère «inliable» au refus de ma candidature. Et il a été ainsi avec l’accident de la circulation. Il n’y a pas de lien à faire entre l’un et l’autre tout comme il n’y a pas de lien à faire entre le résultat satisfaisant à mon examen, le fait que j’ai été embauché et du cadeau que j’ai reçu. Il n’y a aucun lien à faire entre ces éléments-là. Pour parler de ma vie, entre le vol du scooter, le PV surmajoré et le passage conjugal difficile comme les préplaintes qui se sont passées bizarrement, il n’existe aucun lien à faire.

Le bonheur à portée de main

Les avantages d’isoler chaque situation

 Le véritable avantage d’isoler chacune de situations et que cela procure un sentiment qu’il sera plus facile d’accéder à une expérience qui sera à notre portée. La situation paraîtra moins difficile ou moins pénible.

Il va de soi que ce sera plus facile que d’avoir à faire face à trois ou quatre situations à gérer simultanément. Cela dit, remarquez qu’il est possible de lier une situation qui s’est déroulée il y a cinq ans, à une autre ayant eu lieu six ou sept ans plus tard. Même si elles ne se sont pas passées en même temps, le fait de les considérer séparément permet de faire plus facilement face à chacune d’elle quand on les prend les unes après les autres. 

Le décès d’un proche, un cambriolage et accident sont trois réalités séparées même si elles se sont produites dans la même semaine. J’ai vraiment intérêt à vivre ça. À partir de ce que nous venons de dire, je vous propose d’adopter une nouvelle croyance qui pourrait ressembler à : je choisis de vivre chaque situation l’une après l’autre. Ce pourrait être une forme de décisions à prendre.

Cela ouvre à l’exercice que je vous propose maintenant : 

  1. Regardez les situations que vous avez vécues, qu’il s’agisse de situations difficiles, pénibles, voire très pénibles. Cherchez à vous en remémorer quelques-unes. 
  2. Une fois que c’est fait, utilisez le découd vite dont je vous parlais tout à l’heure et commencez par les délier afin de les séparer les unes des autres.
  3. Ensuite, vous pouvez les poser les unes à côté des autres, chaque situation séparée de sa voisine. Une manière symbolique de créer une distance entre chacune des situations. Vous les aviez cousus les unes aux autres inconsciemment, mais entre le morceau de soie, le morceau de jeans et le morceau de cuir que vous aviez associés, vous prenez conscience qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Vous considérez la pertinence de les délier les unes des autres. Il s’agit donc de les replacer chacune à sa place.
  4. Ensuite, vous allez évaluer la gravité de chacun de ces événements. Vous avez bien compris qu’il s’agit d’une approche subjective. Vous le ferez en essayant d’identifier ce qui vous paraît le plus grave pour aller jusqu’au moins grave. 
  5. Comme vous avez fait cette échelle d’évaluation, vous commencerez à traiter le plus grave pour aller jusqu’au moins grave. Si cela peut vous aider, vous pouvez fonctionner en traitant le plus impactant (sur vous-même) jusqu’au moins impactant (sur vous ou sur les autres) ici et maintenant. Il n’est pas question de chercher à savoir ce qui se passera dans trois ans, vous ne pouvez pas le faire 😉

Une séparation aidante

Les événements que je vous ai présentés au début de ce rendez-vous en parlant du scooter jusqu’à la double préplaintes) on fait l’objet de cette séparation. Je les ai déliés les uns des autres pour les regarder les uns après les autres.

Ensuite, j’ai fait une échelle d’évaluation de la gravité. Attention, mon appréciation, mon estimation de la gravité n’est pas forcément la même que celle que vous auriez faite vous. Dans l’ici et maintenant, il s’agit de moi, de ma vie, dans mon contexte personnel. Par conséquent, si quelqu’un regardait ma situation et me disait «pourquoi as-tu géré les choses dans cet ordre-là ? Pour moi il aurait été plus sage de travailler sur le point numéro deux avant de passer à celui que tu as mis en priorité ».

Et je m’empresse rare de lui dire « oui, merci pour ton témoignage. Seulement, dans ma situation présente, personnelle, avec ma sensibilité et mon chemin de vie, mes aptitudes, mes capacités et mes connaissances, j’ai travaillé dans cet ordre-là. Je respecte que tu vois les choses différemment, c’est tout à fait légitime dans la mesure où tous les ordres sont personnalisables à souhait». 

le jeu des fausses ressemblances

D’ailleurs, ce n’est pas parce que vous vivez une suite de situations qui ressembleraient à ce que vous avez vécu il y a trois ou cinq ans que vous devriez les traiter dans le même ordre qu’il y a 5 ou 10 ans. Vous n’êtes pas la même personne que celle que vous étiez dans le passé. Vous n’êtes déjà même pas la même personne que tout à l’heure ou qu’hier ! Prenez donc la liberté de mettre la hiérarchie ou l’ordre de gravité qui vous paraît le plus adapté, en considérant ici et maintenant, pour travailler comme ça vous paraît cohérent à vous, sans considération pour la manière dont les autres auraient traité les choses.

  1. Dans mon cas, j’ai travaillé d’abord sur le scooter. Ma femme étant infirmière libérale, elle travaille à domicile. En conséquence, sans véhicule, elle est en difficulté. Je me suis donc empressé d’acheter un véhicule de remplacement.
  2. Ensuite, je me suis penché sur la situation conjugale. Comment améliorer les choses, instaurer le sentiment d’être compris de manière à avancer en couple.
  3. En troisième position, j’ai à traiter la réclamation sur le procès-verbal surmajoré.

Dans les trois situations, même si cela a été secouant sur le moment, avec le recul, quelques jours après, franchement, est-ce bien grave ? L’avis de personne n’est réellement mis en danger.

Pourquoi avons-nous le besoin d’aggraver les choses ?

Je m’étais engagé à répondre à cette question un peu plus haut. Il est donc temps de le faire. Je pense qu’il est important d’y répondre de manière le plus concrète possible.

Première raison :

Nous avons pris une habitude qui est de nous nourrir des informations. J’entends par-là le JT et les magazines et journaux papier. Avez-vous remarqué que, en mettant le JT en tête, il est composé de plus de 80 % de nouvelles qui sont loin d’être agréables et valorisantes. Et même si les statistiques officielles parlent de nouvelles neutres, la manière de les traiter en présente un bon nombre associées à de mauvaises nouvelles ou dans un contexte de tension. Ainsi, on liste les problèmes judiciaires, les problèmes de mœurs, des problèmes politiques…

Je choisis sciemment utiliser le mot « problème », parce qu’on a l’impression de faire face a une suite de problèmes. En plus, au-delà du nom, l’emphase émotionnelle est généralement faite sur les situations de tension pour captiver l’attention. Finalement, cette nourriture pluriquotidienne participe à nourrir un mode de fonctionnement. 

C’est en prenant en considération cette réalité que je vous encourage à pratiquer la trêve médiatique. Une manière de ne plus écouter pour ne plus être pollué.

La deuxième raison :

Au-delà de cette mise en avant des difficultés, nous avons une tendance à aimer aggravée (entrer dans un phénomène d’aggravation) parce qu’on a l’impression que c’est un moyen d’attirer l’attention des autres. On captive l’attention quand on ne présente ses difficultés, qu’on explique les détails. Quand on peut se plaindre et que les autres s’associent à nous et nous plaignent aussi en posant des questions, on se sent important : « mais, que s’est-il passé ? Vraiment ! Oh là, là…», tant d’expression qui me valorise l’attention qui nous est accordée.

On a le sentiment d’exister. C’est ce qui fait que l’on aime se plaindre. Soyons honnêtes avec nous même 🙂

la troisième raison :

La troisième raison qu’il peut faire que nous avons besoin d’aggraver les choses et de chercher à valider des croyances : 

  • J’ai de la chance
  • Je n’ai pas de bol,
  • J’ai la poisse,
  • J’ai fait le bon choix
  • Je suis quelqu’un de bien
  • Je suis nul
  • Je suis minable

Et à partir du moment où l’on trouve du « je suis » et du « j’ai », comme je l’ai évoqué tout à l’heure, je pense que l’on empreinte une fausse route. Il est de loin préférable de sortir de cette approche-là pour vivre l’expérience sans chercher à valider des croyances. Mieux encore, de profiter des expériences vécues pour réviser ses propres croyances. C’est une opportunité pour chercher à se repositionner en prenant conscience d’une tentation de valider une croyance. Est-ce bien pertinent ?

S’interroger ainsi est un moyen d’avancer de manière plus raisonnable.

Les unes après les autres : exercice

Prenez les situations les unes après les autres, équipé de votre découd vite. Faites ensuite l’exercice que je vous ai proposé tout à l’heure je vous résume ici afin de vous éviter de remonter dans la transcription de ce podcast : 

  1. Regardez les situations que vous avez vécues. Cherchez à vous en remémorer quelques-unes. 
  2. Une fois que c’est fait, utilisez le découd vite et commencez par les délier afin de les séparer les unes des autres.
  3. Ensuite, déposez-les, les unes à côté des autres, chaque situation séparée de sa voisine. Une manière symbolique de créer une distance entre chacune des situations. Il s’agit donc de les replacer chacune à leur place.
  4. Après cela, évaluez la gravité de chacun de ces événements. Vous avez bien compris qu’il s’agit d’une approche subjective. Vous le ferez en essayant d’identifier ce qui vous paraît le plus grave pour aller jusqu’au moins grave. 
  5. Enfin, vous commencerez à traiter le plus impactant (sur vous-même) jusqu’au moins impactant (sur vous ou sur les autres) ici et maintenant. 

Etes-vous au clair sur le le phénomène d’aggravation ? Avec cet article, vous avez déjà bine des outils pour le contourner, ou mieux encore, ne pas y entrer. Souvenez que le le phénomène d’aggravation est inscrit dans votre ADN mental. Si vous n’anticipez pas le choix de ne pas vous y soumettre, mesurez que vous vivez déjà le phénomène d’aggravation auquel vous vous êtes soumis pendant des décennies.

Aller ! Libérez-vous. C’est parti.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne semaine

Bye-bye

photo : Pexels

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