Toujours à raison

Toujours à raison

Enfin, vous aurez toujours raison

S’il est un domaine dans lequel vous parlez toujours à raison, c’est bien celui de votre expérience. 

Quand j’emploie le mot « toujours» je sais que certaines personnes que j’ai accompagné sans surprise de m’entendre utiliser ce mot. Il s’agit d’un invariables or, la vie connaît très exceptionnellement des invariables. Le propre du vivant est qu’il est en mouvement permanent, en évolution est en croissance. Par conséquent, veillant à ce que l’emploi des mots correspondent à une réalité, dans le cas présent, utiliser toujours dans bien des contextes est faux. 

«Il me fait toujours ça », « je suis toujours en échec » ou encore «il a toujours raison » ou « j’ai toujours tort », « je suis toujours à côté de la plaque », tant d’expressions et d’utilisations de l’invariable toujours erronées. Ces informations sont subjectives.

Par contre, il y a un domaine dans lequel vous ne pouvez pas vous tromper et utiliser toujours à raison, c’est quand il s’agit d’exprimer votre propre expérience.

À partir du moment où vous faites référence à une chose vécue, perçue, vue, ressentie, en résumé, expérimenté, vous avez toujours raison dans votre perception. 

Situation concrete 

Ça veut pas dire que votre perception est exclusive, à l’opposé de inclusive. Exclusive voudrait dire que c’est vous qui avez raison et que les autres sont forcément dans l’erreur. Or, justement, en matière d’expérience, on ne fonctionne pas de cette manière-là. Il peut y avoir 25 000 personnes qui aient toutes  raison tout en ayant 25 000 perceptions différentes.

Prenons l’exemple de deux personnes. L’une mange sa soupe et dit qu’elle est trop chaude. Vous avez entendu la formulation est objective « la soupe est trop chaude ». Ce qui signifie que je peux émettre une objection si je considère que ce n’est pas le cas et lui dire « non, la soupe n’est pas trop chaude ». 

De la même manière, si je dis que la soupe est à bonne température, il s’agit d’une déclaration qui se veut objective, par conséquent, je peux avoir deux avis différents qui sont, en l’occurrence, deux jugements et qui sont tous les deux faux, en même temps ! Il donnent l’apparence du vrai, mais en réalité, il sont faux puisqu’il suffit qu’une personne, dans une infinité de personnes, émette un jugement contraire pour déclarer mon affirmation de fausse et, malheureusement, à raison.

Comment une expérience peut-elle être est toujours vraie ? 

Si je parle d’une situation comme d’une expérience, je vise la vérité, le vrai. Quand je dis « la soupe est trop chaude » ou « non, elle n’est pas trop chaude » il ne s’agit pas d’une expérience, mais bien d’un jugement, d’une évaluation. Cela signifie que je m’érige en juge à même d’établir le juste critère. Mon jugement prévaut. 

Par contre, si je parle d’expérience, j’en parle en «je». Vous percevrez que je viens d’employer trois fois le mot « je ». À partir du moment où je formule mon expérience en « je », je la formule toujours à raison.

« Je trouve la soupe trop chaude ». Quelqu’un d’autre pourrait trouver que la soupe n’est pas trop chaude sans pour autant que mon expérience soit mise en question.

Il s’agit de mon expérience, de ma perception, de mon corps. Par conséquent, même si l’autre me dit « je ne la trouve pas trop chaude » ou qu’il emploie une formulation objective en disant « elle n’est pas trop chaude », je pourrais lui dire « je n’ai pas dit que la soupe est trop chaude. J’ai dit que je la trouvais trop chaude ». Là encore, je donne un élément qui permet de dire que j’ai raison dans ma perception parce que mes sens ont toujours raison même s’il arrive qu’ils me trompent parfois ! 

C’est vrai qu’on aborde une situation quelque peu complexe en reconnaissant que j’ai raison dans la perception du ressenti même si mes sens me trompent parfois. 

Ecoutez vos sens

Prenons un exemple. Une ambulance passe devant moi et j’en entends la sirène. Selon ce que j’entends, le son de la sirène change au fil du déplacement de l’ambulance. « Je trouve que le son change ». Si l’ambulance ralentit, j’ai une perception que le son de la sirène de l’ambulance devient de plus en plus grave, alors qu’à inverse, si elle accélère, j’aurai l’impression que le son de la sirène de l’ambulance devient de plus en plus aiguë.

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Ma perception du son est différente. Je pourrai donc dire que « je trouve que le son de la sirène de l’ambulance a changé au fil de son déplacement ». Il s’agit de mon expérience. Cela ne veut pas dire que le son de la sirène de l’ambiance a changé en réalité.

L’ayant formulé en « je », je l’exprime en expérience même si je sais que de manière objective, le son de la sirène de l’ambiance ne change pas. C’est simplement à cause de la vitesse et de la distance que l’air qui porte le son que ce dernier m’arrive avec cette perception sans pour autant que le son ait été déformé.

Voyez vous que, finalement, si l’on est capable d’avoir un regard plus proche de cette capacité à respecter la subjectivité du témoignage de quelqu’un, on peut davantage s’enrichir les uns les autres ?

On peut sentir davantage de liberté à s’exprimer en étant pleinement convaincu que ce que l’on est en train de partager n’est pas un jugement ni une réalité objective, mais une réalité subjective, une expérience qui, par essence, revêt un caractère unique. 

Le dîner de la vérité

Imaginez que vous soyez invité à un dîner. Vous vous retrouvez devant un  repas préparé avec goût. Il est tout simplement  magnifique (il s’agit d’un jugement, pas d’une expérience au vue de sa formulation. L’aviez-vous repéré ! Continuons). 

Lors de ce diner, vous exprimez votre reconnaissance pour l’invitation et, en arrivant, vous offrez un bouquet de fleurs à votre hôte. Vous lui dites « C’est pour te remercier pour ton invitation ». Juste derrière vous, se trouve la voisine qui dit « ce bouquet est bien riquiqui !». Que ressentez-vous ? Que pensez-vous ?

Vous entendez un jugement. Comment le percevez-vous ? Est-ce que vous porterez crédit au jugement de la voisine ou préférez-vous le faire à votre propre expérience ?  

Si vous avez acheté ce bouquet de fleurs, ce n’est sans doute pas parce que vous le trouviez riquiqui. Disons que vous aviez raisonné en vous disant «Je trouve ce bouquet de fleurs adapté à la circonstance pour l’offrir à mon hôte ». 

Si votre pensée était ressemblait à ça, même si vous entendez quelqu’un le trouver riquiqui, vous ne changerez rien à votre perception sur le bouquet que vous avez pris soin de choisir. Vous ne ressentiriez une éventuelle gêne que si, au moment de l’achat, vous vous êtes dit « je le trouve riquiqui, mais je le prends quand même ».

Tout à coup, vous comprenez que, quand la personne se trouvant derrière vous dit (sans vous le dire à vous, bien entendu) « je trouve ce bouquet riquiqui», vous vous sentirez en résonance avec vous-même, avec une perception enfouie en vous parce que vous vous étiez  dit « je le trouve un peu riquiqui, mais je le prends quand même ». 

Du coup, vous sentirez touché s’il y avait une corde sensible présente antérieurement en vous avant l’événement, sans quoi, ça ne vous fera rien du tout. Si vous êtes convaincu, dans votre for intérieure, du bien-fondé de votre démarche, quelqu’un pourra émettre une critique sans que vous ne soyez aucunement affecté.

j'ai raison dans mon ressenti

Le canard laqué au miel

Poursuivons la soirée prise en exemple. 

Au cours du repas, on me demande « que pensez-vous de mon canard laqué au miel ? ». Si mon tour de m’exprimer arrive, je pourrais dire « j’aime beaucoup le canard et, même si je le trouve bon, j’aurais préféré un peu moins de miel ». Vous attendez que mon expression est dans le « je ». Et à partir du moment où je campe dans ce « je »  je peux être plus facilement moi-même.

Je vous renvoie au rendez-vous intitulé « soyez égocentrique ». En me connectant à moi-même, je pourrai offrir de moi tout en étant conscient de partager une expérience qui est bien mienne et qui, par conséquent, n’est pas un jugement du canard laqué au miel, ou de son cuisinier, mais une expérience de moi-même, consommateur de ce canard laqué. 

Percevez-vous la différence ? Elle est notoire. Certains diraient « oui, mais c’est chipoter ! »

Non ! Je ne chipote pas tant que ça. En appliquant cette approche à de nombreux domaines, je peux comprendre que j’aime ce que fait mon fils ou ma fille et que mon voisin de l’aime pas. Ce n’est pas parce que mon voisin n’aime pas ce que fait mon fils ou ma fille que ce qu’ils font est mal.

Ce n’est pas parce que mon voisin n’aime pas leur attitude que mon voisin est à côté de la plaque. J’aime ce que font mes enfants et accepte que mon voisin puisse ne pas aimer leurs agissements. 

Du coup, je peux me rapprocher davantage de moi en me disant « je m’aime et j’accepte que, dans son expérience, mon voisin ne m’aime pas. C’est son expérience. Je l’accepte comme telle. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de non aimable. Ça ne veut pas dire non plus que d’autres ne m’aimeront pas. J’accepte juste qu’il ait la liberté d’avoir son expérience en respectant le fait que j’ai la mienne ». 

Affirmez votre expérience en rejetant les objections 

Par ce procédé, j’arrive à la dernière étape qui consiste à dire que, dans cette démarche toujours à raison dans laquelle je suis centré sur moi et sur mes expériences, je pourrai faire en sorte de me battre pour affirmer mon expérience. Quelque part, on ne peut pas me rabattre le caquet en disant « Pascal, je refuse ce que tu exprimes ton expérience ». 

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Qu’on refuse que je m’exprime pourrait éventuellement passer, à la rigueur. Mais qu’on refuse que j’exprime mon expérience me conduit à affirmer un « non » non négociable. Il s’agit de mon expérience, de mon regard sur le monde, il s’agit d’un apport de moi-même à moi-même. Ce que j’exprime en « je » ne regarde que moi. 

Si je trouve que le tableau exposé dans un musée célèbre et qui a demandé des centaines d’heures de travail et qui, en plus, vaut des millions d’euros me parait moche, à moi, ça n’engage que moi, ça m’affecte en rien le tableau. Je suis le seul éventuellement pénalisé (à supposer qu’il soit pénalisable) de ne pas aimer cette oeuvre. 

Seul sans être isolé

Que je sois le seul ou pas est égal. On ne fera pas de sondage sur près de 7 milliards d’humains vivants sur la planète Terre pour savoir si ce tableau doit être aimé ou pas. Et ce n’est pas parce que quelqu’un, ni même la majorité, voire l’unanimité, l’aime que je devrais l’aimer aussi. Ce n’est pas non plus parce que quelqu’un le trouve génial que je suis à côté de la plaque si je ne l’aime pas. En conséquence, je vis mon expérience en tant que moi, et c’est vraiment important de l’intégrer.

Comme je l’ai dit lors du rendez-vous sur l’égocentrisme, je suis ma propre rampe de départ dans le monde. Je ne peux le regarder qu’à partir de moi. Je ne peux même pas le regarder à partir de l’angle de vue de mon frère même s’il est jumeaux. De même, je ne peux pas le regarder à partir de l’angle de vue de ma femme même si ça fait des décennies que je vis avec elle. Ce n’est pas possible. Je ne peux percevoir le monde qu’à partir de moi.

Il y a peu de temps, je faisais l’amour et, ayant vécu une jouissance (une de plus, dirai-je).  Je dis à ma femme « c’est incroyable de me rendre compte que tu ne peux pas ressentir ce que je ressens quand je jouis. Tu peux te faire une idée de ce que je ressens, mais quels que soient les mots que j’emploierai, tu ne pourras pas le ressentir. Tu ne pourras te faire une idée de ce que je ressens qu’en construisant sur les bases de ce que tu ressens toi-même en la matière ».

Vous percevez la limitation considérable ? Ça parait insignifiant alors que c’est énorme. Tout ce que vous vivez, pensez, ressentez est unique, mème si quelqu’un vous dit qu’il ressent, pense et vit la même chose que vous. C’est impossible à vérifier, im-pos-sible !

Vous êtes propriétaire de vos expériences 

Vous êtes propriétaire de vos expériences et personne ne peut vous dire que ce que vous ressentez est faux, que ce que vous ressentez est trop, insuffisant, à côté de la plaque, nuancé, excessif, ou autres.  

Il vous incombe de ne pas accepter de subir un tel veto. Toutes ces évaluations sont à mettre à la poubelle. Non pas que vous puissiez demander aux personnes de ne pas vous formuler cette évaluation parce que vous-même, quand vous les recevez de la bouche de quelqu’un, êtes responsable de les conserver ou de les mettre à la poubelle. 

Si vous dites « Je trouve ce canard trop salé » et qu’on vous dit « mais non, il n’est pas trop salé !», prenez cette dernière affirmation et mettez-là à la corbeille. 

Ça ne change rien à votre perception. Vous continuerez à le trouver faux ce qui vous a été dit. Vous ne changerez pas d’avis en vous disant «en effet, il n’est pas tripe salé !». Ce qui compte, c’est votre perception.

Vous avez toujours raison quand être connecté à vous-même

Attention, je ne suis pas entrain de vous dire que vous avez toujours raison en termes de jugements. Vous avez toujours raison en termes d’expériences, de ressentis. Si vous vivez une chose quelconque, que vous ressentez une émotion, sachez que vous avez raison. Vous ressentez de la tristesse ou de la joie, vous ressentez donc une émotion à raison. 

C’est parce qu’il y a quelque chose d’inscrit dans votre parcours, dans votre histoire et votre identité qui fait que la perception de cette événement se décline en tristesse ou en joie. Vous pouvez changer ça, mais avant d’en arriver là, vous avez une perception à raison.

Connectez-vous à vous-même pour entendre, percevoir, expérimenter à raison ce que vous vivez en vous respectant dans ce que vous ressentez. De la même manière, respectez ce que les autres perçoivent et mettez à la corbeille les jugements qui s’opposeront à votre perception et ressenti émotionnel.

Si vous vous entendez « il est trop sucré » et que quelqu’un vous rétorque «non, pas du tout» vous vous tirez une balle dans le pied ! Prenez conscience d’être dans un jugement. Par contre, si vous dites « je le trouve trop sucré  » et qu’un autre dise « non », vous savez que vous pouvez directement placer sa réaction (de jugement) à la corbeille et continuer à vivre avec bonheur ce que vous ressentez.

Vous avez une perception, une expérience toujours à raison. 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne semaine

Bye-bye 

Photo de Andrea Piacquadio provenant de Pexels

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